mercredi 13 novembre 2013

Manaus

Salut!! C'est François aux commandes pour notre premier (vrai) aperçu du Brésil!

Depuis Leticia, il faut 3 jours de bateau à descendre l'Amazone vers la mer pour atteindre la prochaine ville ayant une population significative, Manaus, au Brésil. Manaus est une poche incongrue d'urbanité en plein milieu de la jungle, connectée uniquement au reste du monde par le fleuve et une route peu fréquentée qui va au nord vers le Venezuela et le Guyana et au sud vers d'autres villes perdues dans la forêt et éventuellement la frontière bolivienne. Ce qui est surprenant, c'est la taille de la ville: elle abrite plus de 2 millions d'habitants! Imaginez Montréal isolée dans la jungle: c'est Manaus!

Manaus est une "boom-town", née en raison de la forte demande de caoutchouc durant les décennies 1890-1910. À l'époque, le développement de l'industrie de masse dans le monde (notamment de l'automobile) induit une forte demande pour le caoutchouc, qui n'est alors produit qu'avec la sève d'un arbre ne poussant qu'en Amazonie brésilienne. Manaus, une petite ville insignifiante de la jungle, voit alors sa population exploser alors que de nombreuses plantations de caoutchouc bourgeonnent dans les environs. C'est l'âge d'or de Manaus: la ville s'enrichit et de magnifiques bâtiments sont construits. Mais les choses s'assombrissent avec la concurrence éventuelle des Britanniques, qui réussirent à implanter dans leurs colonies des arbres à caoutchouc subtilisés au Brésil, et la production chute ensuite catastrophiquement au lendemain de la 2e guerre mondiale avec l'invention du caoutchouc synthétique. Aujourd'hui Manaus est donc une grosse ville qui, bien qu'ayant perdu sa splendeur passée, demeure pleine de vieux bâtiments historiques.

On vous avait laissés à notre arrivée à l'auberge de jeunesse peu après notre arrivée en bateau. Après avoir déjeuné plutôt longtemps, on s'est préparés pour sortir en ville. Le gars de la réception  de l'auberge de jeunesse, vraiment trop empressé de nous rendre service, nous a demandé après quelques questions comment ça se faisait qu'on parle si bien anglais si nous étions Français, parce que tous les Français qu'il avait croisé étaient nuls en anglais! Quand on lui a dit qu'on ne venait pas de France mais du Canada, il s'est alors exclamé: "Oh, mais ça explique tout!" Haha!

En sortant, on a marché un peu et on s'est vite retrouvé devant le landmark le plus emblématique de la ville: le théâtre de la ville, un magnifique édifice rose situé au milieu d'une jolie place. Construit en plein boom du caoutchouc, c'est le plus beau bâtiment de la ville! Puisqu'il est toujours opérationnel, on y a fait un tour pour voir si, par chance, il n'y aurait pas un spectacle ou de l'opéra le soir même. On a eu la surprise de se faire servir par une fille au français impeccable mais, malgré tout, il n'y avait pas de show le soir même.... Dommage! Après une petite visite à l'église de la place, on est revenus à nos vieux amours.... En effet,   comme toujours, l'une des premières étapes de la visite de la ville fut de visiter... la gare routière. On avait comme plan d'aller deux jours plus tard vers Boa Vista, une ville perdue du nord du Brésil mais un arrêt obligé pour ceux qui, comme nous, cherchent à se rendre au Guyana. On a donc pris l'autobus jusqu'à la minuscule gare excentrée de Manaus (il n'y a pas beaucoup d'endroits où on peut aller en bus d'ici...) C'est à ce moment qu'on a fait connaissance avec les pires chauffeurs de bus de ville qu'on ait eu en 3 mois: arrêts brusques, départs en trombe, passage des nids-de-poule et des dos d'âne à la vitesse grand V... Très agréable quand on se tient debout! On accorde un gros zéro à Manaus pour la sécurité de son transport public! En se rendant à la gare, on a aussi remarqué le nombre impressionnant de différentes églises "sectaires" au Brésil! Vous aviez déjà entendu parler de l'Eglise internationale de la gloire de Dieu? Ou de l'Eglise mondiale du Christ sauveur? En tout cas il y en avait plein, occupant parfois d'immenses édifices tous aussi laids les uns que les autres! À la gare, on a pu avoir nos billets vers Boa Vista en baragouinant quelques mots de portugais que le gars de l'hostel nous avait recopié sur une feuille, ce qui a bien fait rire les employées!

De retour en ville ensuite, on a cherché un endroit où manger dans la chaleur et ça nous a tout de suite frappé: au Brésil, c'est cher! Finalement, on a plutôt décidé de faire l'épicerie en vue qu'on se cuisine un souper le soir à l'auberge, et on a pris un morceau dans le supermarché. On est revenus à l'hostel déposer nos achats et on a fait connaissance avec le nouveau réceptionniste haïtien (qui parlait français aussi... décidément, il faudrait penser à inclure Manaus au sein de la Francophonie) qui répondait constamment "d'accord" (On part pour le zoo maintenant alors!" "D'accord." ; "Merci beaucoup pour les infos!" "D'accord.") Ensuite, on a tenté d'atteindre le zoo de Manaus. On a poireauté longtemps en attendant l'autobus avant de se rendre compte qu'on n'était pas à la bonne place... Finalement, on a fini par se rendre en se faisant aider par plein de Brésiliennes qui voulaient s'assurer qu'on descendait au bon arrêt!

Au zoo (plus une forêt avec quelques cages de temps en temps et beaucoup d'animaux en liberté), on a pu avoir un aperçu de quelques créatures très difficiles à observer dans l'Amazone: la loutre géante de rivière et surtout le lamantin d'eau douce, un genre de gros morse sans longues dents qui passe son temps à brouter des algues! On a aussi vu de très près un paresseux qui nichait tranquillement dans un arbre tout près... ça a l'air un peu nono vu de proche! Il y avait aussi des caïmans d'une taille pas mal plus impressionnante que ceux qu'on avait vu dans la jungle, un bassin plein de tortues et un aquarium contenant le fameux poisson électrique de l'Amazone, capable d'assener une décharge mortelle au baigneur malchanceux qui le frôle dans l'eau... Après la visite, on est revenus en ville, on a complété nos achats au supermarché puis on est revenus à l'hostel. On a mangé avec le couple d'Anglais qu'on avait rencontré sur le bateau vers Manaus: ça a été une super soirée ! C'est drôle : en voyage, on croise des tas de gens, certains avec qui on s'entend super bien tout de suite et avec qui on continuerait volontiers notre périple (comme les Anglais) alors qu'avec d'autres on a tout de suite envie de mettre fin à la conversation... Les 2 Anglais forment un couple bien international. Lui est militaire de formation (il a longtemps été dans la Marine britannique) et travaille aujourd'hui au Sri Lanka dans une compagnie de sécurité privée chargée de la protection des bateaux commerciaux contre la piraterie. Sa blonde travaille elle comme éducatrice niveau maternelle auprès des familles riches et des expatriés de Dubaï, aux Émirats arabes unis. Ils ont une expérience de vie vraiment riche et c'est vraiment intéressant de leur jaser!

Pour le clore la soirée en beauté, Mémé est descendue préparer des crêpes, au grand plaisir des Anglais! Pendant qu'elle cuisinait en bas et que je jasais aux Anglais à l'étage, Mémé s'est fait cruiser par un Français assez insignifiant, très amoureux de sa personne, et qui prenait  un plaisir évident à se pavaner torse nu à l'hostel afin d'offrir à tous le spectacle de ses gros muscles et de son corps bronzé... Vous allez dire que je suis jaloux (tsé, moi aussi j'ai des muscles, ils sont juste euh... timides ) mais, franchement, c'était vraiment le genre de personne un peu creuse, avec qui on fait rapidement le tour... Mémé, qui jouait le jeu au début, n'a vite plus été capable de ses frasques... Il a été un peu désappointé quand il a affirmé fièrement être parachutiste et que Mémé, qui n'avait pas compris qu'il était dans l'armée, lui a demandé : "oh, donc tu enseignes le parachutisme aux touristes?"! Haha! Il a invité Mémé à sortir danser avec lui et ses amis en précisant qu'elle ne pourrait pas résister à leur déhanchement sexy (c'était sans connaître mes talents -et ceux de Mémé!- en la matière) (Mémé: comprendre ici que je suis nulle, pas que j'ai un déhanchement sexy, tsé) et lui a proposé, semi-sérieusement, de prendre une douche ensemble (c'est apparemment devenu un peu débandant quand Mémé a répondu : "Ensemble? Avec François aussi?" Haha!). En plus, le Français m'avait déplu dès le départ, en riant d'emblée de notre accent et faisant des commentaires vaguement homophobes (genre :"ce soir, on sort danser, mais pas dans une boîte gay, tsé y'a beaucoup de gays à Manaus" Euh... Ok... Je me fous complètement de ton orientation sexuelle, des endroits où tu aimes sortir et de la taille de la communauté homosexuelle de Manaus, pourquoi tu tiens à me préciser tout ça ? Pourquoi tu tiens à me dire que t'es pas gay et que tu ne fraies pas avec les gays de Manaus, quand ça fait à peine 5 minutes qu'on se connait? En tout cas...) Bref, c'était la caricature du soldat un peu tawouin qui veut paraitre plus mâle que mâle et, au final, c'était un gars qui faisait plutôt pitié... On a terminé notre long souper avec les Anglais, on leur a dit au revoir étant donné qu'ils partaient pour la jungle tôt le lendemain et on est partis se coucher, en piquant une jasette avant de dormir à un Brésilien qui partageait notre dortoir et qui s'était mis en tête de nous apprendre quelques bases en portugais!

Le lendemain, on s'est levés en jasant avec le grand Noir de Los Angeles qui partageait aussi notre dortoir et qui aimait beaucoup parler, et on a déjeuné (déjeuner inclus à l'auberge, on ne se souvenait plus de la dernière fois où c'était arrivé). On avait décidé de visiter plus en profondeur Manaus aujourd'hui, et on a donc d'abord déambulé dans un parc désert (on était dimanche, tsé). On a ensuite marché sur le riverfront vaguement glauque de Manaus avant d'aboutir au marché aux fruits. Ensuite, on a visité le magnifique vieux bâtiment du marché central, tout de rouge et jaune! En sortant, on a jasé un bout en espagnol avec un immigrant péruvien qui rangeait ses affaires après sa matinée au marché. Grosso modo, la conversation pourrait se résumer à: "Vous faites un beau voyage!" "Faites attention à votre sac, la ville est pleine de voleurs!" et "Tous les politiciens du monde sont des pourris, au Brésil, au Pérou, au Canada, même chose!" (3 réflexions somme toute vraies)!

Après une visite à la cathédrale entourée de quelques beaux bâtiments, on s'est dirigés vers la place du théâtre où subsistaient quelques rares stands à bouffe ouvrant leurs portes avec cran en ce dimanche mort! On a mangé un pâté au poisson avec un bon morceau de gâteau, puis on a visité plus en détail la jolie place. En chemin, on a rencontré une Néerlandaise qui logeait au même hostel que nous et qui représente l'exemple type du genre de personne avec qui tu as hâte que la conversation finisse au plus tôt parce que la personne qui te la tient te tombe sur les nerfs... Voyez plutôt:

Néerlandaise: Vous allez visiter les Guyanes après Manaus? C'est les seuls pays que j'ai pas visité en Amérique du Sud. Parce que c'est vraiment cher là-bas.
François + Mémé : Ben, selon le Lonely Planet et ce qu'on a lu, c'est à peu près les mêmes prix que le Brésil provincial, sauf pour la Guyane française qui est effectivement plus chère. Et au Surinam, c'est relativement peu dispendieux...
Néerlandaise: Non, c'est vraiment cher. Y'a qu'une route et tout est cher.
François + Mémé : Euh... Ben on va voir sur place, mais on serait très surpris que les prix soient nettement plus hauts qu'à Manaus d'après ce qu'on a lu, sauf pour la Guyane française...
Néerlandaise: Non, c'est vraiment cher. Point.
François + Mémé : (ok, tu gosses! Ça fait 5 minutes qu'on te parle et on est déjà tannés! Quelle excuse on invente pour sacrer notre camp??)

Hey la grande, ni toi ni nous n'avons été aux Guyanes encore, alors tu n'as pas plus la vérité que nous! On peut se tromper mais on s'est quand même bien renseignés, alors si tu veux nous obstiner dis-nous au moins sur quoi tu te bases, désolé mais on peut pas juste te croire sur parole! Et puis, tu viens de passer 2 mois au Brésil, le pays le plus cher d'Amérique du sud, alors qu'on va juste passer 3 semaines dans les Guyanes, c'est quoi ton problème? Est-ce qu'on te dit catégoriquement que c'est cher le Brésil, alors qu'on ne connait que Manaus comme ville? Ben fais la même chose quand tu nous jases des Guyanes! Parce que c'est pénible, sérieux... (Mémé: cette entrée de blog vous donne un bon exemple de ce que François pense des gens qu'il n'aime pas haha! Pour une fois que c'est pas moi qui chiale ;) )

Après cette agréable conversation, on est allés prendre une crème glacée dans un joli parc de la ville. Dans le fond, Manaus est une ville un peu bizarre... Certains coins sont magnifiques avec leurs vieux bâtiments, mais il semble qu'entre les édifices anciens les permis de construire aient été donné n'importe comment... Résultat, des joyaux architecturaux côtoient des horreurs en béton un peu partout... Personnellement, je trouvais tout de même que ça conférait à la ville un certain charme, mais Mémé n'a pas aimé en raison, justement, de cette alternance beau-laid... Ensuite, on est revenus à l'auberge où, outre le parachutiste français avachi dans le divan et éternellement en chest, on a rencontré un gentil backpacker allemand qui faisait un tour d'Amérique du Sud en 5 semaines! Il faut vouloir prendre l'avion et accepter de ne pas tout voir mettons, parce qu'en 5 mois on doit retrancher pas mal de stock (notamment la Patagonie argentine et chilienne, le Sud du Chili et de l'Argentine, le Venezuela, le Paraguay, le Chaco bolivien et le Pantanal brésilien, le Nord-Est du Brésil, l'intérieur du Brésil (Brasilia, Belo Horizonte, Ouro Preto), l'Amazonie équatoriale-péruvienne-bolivienne...) En fait, on estime qu'il nous aurait fallu, à notre rythme, près de 8 mois (et beaucoup plus de moyens) pour faire toute l'Amérique du Sud, ce qui nous aurait permis de voir tout le Brésil, la Patagonie et le sud du Chili! On reviendra!

On a ramassé nos affaires, Mémé a dit adieu à l'immense chatte enceinte de l'hostel (ses dimensions la rapprochait un peu de Gustave, c'est vous dire à quel point elle était grosse! Salut à Dom et Claude si vous nous lisez et merci encore de garder notre matou bien dodu!) et on est partis en bus vers la gare. Après avoir été bien secoués, on est montés dans le bus où on a pu profiter d'un air climatisé providentiel (mmmmh!...) . Avant de partir, notre tripulante (voir l'entrée de blog sur Lima si vous ne vous souvenez plus ce qu'est un tripulante) nous a souhaité la bienvenue et nous a expliqué qu'on avait des verres d'eau à disposition (wow, une première), puis il a grondé tout le monde d'un air mi-sérieux en disant qu'il ne voulait pas voir un seul verre de plastique trainer dans l'allée! Enfin, c'est ce qu'on a compris, nous et le portugais tsé...On est enfin partis vers Boa Vista, notre premier long trajet d'autobus depuis la Colombie (encore plus cher par contre, c'est le Brésil, quand même)!

Prochaine station: Boa Vista et le sud du Guyana! Restez des nôtres et à la prochaine!

mardi 12 novembre 2013

Croisière sur l'Amazone (Leticia-Manaus)

Salut, c'est Mémé qui sera votre capitaine!

Notre départ vers Manaus au Brésil en bateau sur l'Amazone a malheureusement dû débuter par une série de paperasseries administratives...! Officiellement, il fallait être à 10:00 au plus tard sur le quai à Tabatinga, la ville brésilienne tout près de Leticia. Par contre, on nous avait conseillé à maintes reprises d'arriver au moins une heure plus tôt pour pouvoir réserver notre place de hamac. Ça voulait donc dire d'être là à 8:00, heure de Leticia... La chose était totalement impossible puisqu'il fallait échanger nos derniers pesos colombiens, obtenir notre étampe de sortie de Colombie et passer par la police fédérale brésilienne pour notre tampon d'entrée, sachant que les douanes colombiennes à l'aéroport ouvraient à 8:00! On s'est donc réveillés en appréhendant notre matinée (et par conséquent notre place de hamac sur le bateau)... En plus, notre lavage de la veille n'était pas sec. Bref, pendant que j'essayais de sécher un peu plus notre linge avec le ventilateur de la chambre (ce fut un échec), Franco est parti voir si les changeurs étaient déja ouverts à 7:30... Pourquoi on tenait à changer nos pesos pour des reals à Leticia alors qu'on aurait pu le faire au Brésil? Excellente question! On a compris (les explications suivantes sont empiriques et sont le fruit de notre raisonnement, j'interdis aux économistes de me juger!) que le real brésilien va vraiment mal. Son taux a vraiment baissé et plus personne n'en veut! Alors les changeurs échangent volontier leurs reals contre nos pesos colombiens qui valent plus. Bref, du côté colombien ils nous font un taux vraiment avantageux pour nous! François a pu par bonheur échanger l'argent, tout en en gardant juste assez pour se rendre en taxi à Tabatinga.

Ensuite, on s'est dirigés avec hâte vers l'aéroport pour aller faire étamper notre passeport. La chose étant faite, on s'est éloignés de l'aéroport pour avoir un meilleur prix en taxi (même chose plur les terminaux de bus, c'est bon à savoir!). Au même moment: le déluge commence... Je sors en vitesse nos ponchos achetés beaucoup trop cher en prévision de la jungle, qui se déchirent royalement juste en les mettant... Parle-moi d'un achat nul et inutile... En plus, il n'y avait aucune auto qui passait!! Une voiture s'arrête et nous propose de nous amener parce que sinon on allait y passer la journée. Décidément les Colombiens sont trop aimables! C'était un couple de jeunes entrepreneurs et on était trop contents de leur dire qu'on était des clients fidèles de leur surpermarché à Leticia! Ils nous ont laissés en face de la police fédérale qui fait office de douane à Tabatinga. Le 30 secondes entre leur auto et l'immeuble nous a complètement trempé et on est entrés pour les formalités. C'est là qu'on a eu notre premier contact avec le portugais. En trois mots: on comprend rien! Par écrit ça se comprend parce que c'est semblable à l'espanol mais quand les gens parlent, on comprend un mot de temps en temps (celui qui ressemble à l'espagnol...) On dirait que c'est un mélange entre l'allemand, l'arabe et je-ne-sais-quoi, et c'est plein de "sssshhh"... Bref, on comprenait rien de ce que le policier nous disait et en plus on était de plus en plus stressés vu qu'on venait de voir qu'il était10:00 (heure de Tabatinga) et qu'il aurait déjà fallu être au port... On a cherché un mototaxi pour nous y mener, aidés par une madame qui baragouinait l'espagnol (c'est fascinant d'être dans la ville voisine 5 km plus loin et que personne ne parle espagnol!). Je suis partie vers la salle d'attente du bateau un peu à l'écart des quais avec le moto-taxiste, ce qui me rappelait nos multiples fois en mototaxi au Vietnam (quoique j'aurais préféré le trajet avec moins de pluie...)! Il est reparti chercher François pendant que je réservais notre place dans la file des valises que les gens avait faite selon l'ordre d'arrivée. On était parmis les derniers, on s'imaginait déjà dormir à côté de la salle des machines ou des poubelles... Finalement, il n'y a eu aucun problème pour s'enregistrer même si on était arrivés en retard. 30 minutes plus tard, tout le monde s'est levé et a pris ses valises. Contrairement à ce que la file laissait croire, les gens se sont dirigés dans n'importe quel ordre vers le quai: on a finalement été parmi les premiers à choisir notre place de hamac (mais sincèrement, la place ne fait pas une grande différence finalement...)! En entrant sur le bateau, on a eu droit à une fouille complète des valises (avec questionnette en portugais), c'était les "douanes" le plus sérieuses qu'on ait faites depuis longtemps! Le bateau était vraiment très bien (paraît-il qu'on est tombés sur un des meilleurs qui fait la route)! Plutôt gros (mais pas comme ceux qu'on voit dans les croisières au Caraïbes quand même!) et assez neuf. Le premier étage est plutôt crade parce qu'on y entasse quelques cargaisons (dont une cinquantaine de régimes de bananes tous gravés avec le nom Rita). Le deuxième pont est plus joli, c'est là où sont accrochés tous les hamacs et il y a quelques cabines. Le troisième étage comprend une piste de danse avec des hauts parleurs qui crachent de la musique que personne n'écoute, un petit magasin qui vend des snacks, un salon de beauté, d'autres cabines et un salon pour célébrer la messe. Un coup que nos hamacs étaient installés, François s'est couché dans le sien, qui a immédiatement lâché! Il s'est gracieusement étendu de tout son long sur le sol, déclenchant l'hilarité de tous les autres passagers (François: mais ça a fait vraiment mal vu que je suis tombé sur le coccyx mais j'ai quand même ri de mauvaise grâce!)! On a par la suite fait la connaissance de nos deux voisins de hamacs, deux Anglais vraiment très sympathiques! On a parlé longtemps avec le gars, pendant que sa copine (on l'a tous appris par après) vomissait dans les toilettes... La pauvre avait eu un empoisonnement alimentaire subit mais elle s'est rétablie bien vite dans les heures qui on suivi! On est vraiment contents de les avoir rencontrés, le séjour sur le bateau n'en a été que plus agréable!

Le premier arrêt était au port de la ville de Benjamin Constant, une ville qui semblait plutôt moche de loin et où on devait rester jusqu'à 20:00 supposément. Finalement on y est restés une demie heure seulement, nous donnant le temps d'acheter des empanadas aux vendeurs ambulants et d'observer l'équipage qui chargeait 350 bouteilles d'eau de 18 litres vides dans la cave. On a passé l'après-midi à regarder le paysage et, pour François, à lire la section historique du guide du Brésil. À 16:30, on a eu la bonne nouvelle (quoique un peu tôt...) que le souper était servi, alors qu'on nous avait dit qu'il n'y avait jamais de souper servi le premier jour... Tout le monde fait la file et va manger à tour de rôle sur une grande table dans une salle. C'était une soupe et elle était très bien! On s'imaginait que la bouffe sur le bateau serait mauvaise alors on avait fait plein de provisions au cas où, mais elles n'ont pas servi puisque c'était super bon (quoique toujours la même chose ou presque). Après souper, on est allés regarder le coucher de soleil puis on a écrit le blog installés dans nos hamacs. On s'est couchés assez tôt puisqu'ils ferment les lumières vers 19:30!

On a pas trop mal dormi mais comme le soleil se lève à genre 5:00 et qu'après ça tout le monde se met à parler et écouter de la musique, disons qu'on ne peut pas vraiment faire la grasse matinée! On a mangé notre gruau avec les Anglais (qui mangeaient du porridge, veux-tu faire plus british que ça) vu qu'on avait tous manqué le "déjeuner" qu'ils servent à 6:00 du matin, tu parles d'une heure barbare! Le reste de l'après-midi a été consacré à l'écriture du blog, à la planification du séjour dans les Guyanes (François le GO), à bronzer sur le troisième pont (Mémé), au rasage de barbe (François, tsé), au lavage (Mémé, bien sûr), à faire des faces drôles à une petite fille trop mignonne et à "jaser" avec un Brésilien à qui ça ne semblait pas déranger qu'on ne fasse qu'opiner et des "mmh mmh" à tout ce qu'il disait vu qu'on ne comprenait rien. On a soupé et on est montés admirer le coucher de soleil, vraiment impressionnant avec l'eau et la jungle! Il y a même quelques dauphins qui se sont joints au spectacle! Le fleuve n'est pas assez large pour qu'on ne puisse pas voir les deux côtés, alors on a une super vue sur la jungle. Parfois, il y a de grandes plages de sable blanc qui apparaissent vu qu'on est dans la saison sèche, mais qui ne sont pas si tentantes que ça vu la couleur brune de l'eau!

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Types de gens sur le bateau:
- Le Brésilien qui nous prend sous son aile : nous aide avec nos hamacs, s'assure qu'on ait une prise pour charger le ipod et vérifie que j'ai bien mis de la crème solaire avant d'aller au soleil! Et il nous parle tout le long du voyage même si on comprend rien de ce qu'il dit. On a au moins fini par comprendre qu'il avait fait un stage chez Bombardier à Montréal.
- Les 4 hippies qui vendent des bracelets et des bibelots en fil de fer. Pour ajouter au cliché, ils font brûler de l'encens, jouent de la flûte à bec et du tambour.
- Le gars qui nous remet des pamphlets catholiques en portugais et nous invite à la messe sur le bateau. Il reste quand même bien gentil car il nous traduit les messages du capitaine quand c'est l'heure d'aller manger.
- Le moine franciscain plutôt épeurant qui ressemble au gourou Moïse.
- Le gars qui passe la soirée à hurler un long monologue en portugais que personne ne semble écouter.
- La dame qui dort dans son hamac un sein à l'air pour que son bébé tète de temps en temps.
- Mon voisin de hamac qui a passé tout son temps à se balancer violemment avec son hamac.
- La grand-mère qui boit goulument un verre d'eau brune de l'Amazone.
- La petite fille qui me colle des bouts de scotch tape sur les jambes. C'est aussi elle qui a amené un âne en plastique qui fait "hi-han".
- Les passagers qui mettent de la musique fort sur leur cellulaire pour que tout le monde en profite.
- La petite fille qui met des poupées et des camions-jouet dans mon hamac
- Les jeunes filles qui profitent toujours de mon absence pour demander à François de brancher leur cellulaire dans la prise au plafond.
- Le vieux monsieur de genre 70 ans qui porte une casquette de yo.
- Le monsieur dans son hamac où c'est brodé en gros en portugais : "Dieu est fidèle".
- Les backpackers anglais trop sympas!
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Le lendemain était supposé être la dernière journée sur le bateau et elle a été encore plutôt relax à écrire le blog, parler avec quelques autres passagers et jaser aux Anglais! En fait, on s'imaginait qu'on allait s'ennuyer sur le bateau mais ça a passé étonamment vite et on a vraiment adoré l'expérience! On s'est couchés en espérant qu'on n'arriverait pas aux petites heures du matin à Manaus. Finalement, on s'est fait réveiller vers 6:00 par le brouhaha de tout le monde qui défaisait leur hamac. On a rangé toutes nos choses puis on s'est tranquillement habitués à la vue de la civilisation! Bonne nouvelle, les Anglais ont décidé de se rendre au même hostel que nous, alors on a dit au revoir à notre cher bateau et on est tous partis à la marche vers l'hostel Manaus!

Notre premier aperçu du Brésil vous attend pour la prochaine fois!

samedi 9 novembre 2013

Welcome to the jungle!

Bonjour à tous, mon nom est François et je serai votre guide tout au long de cette nouvelle entrée de blog sur la jungle amazonienne!

20 octobre 2013, dimanche matin: à 7h pétant, on s'est fait réveiller dans notre chambre d'hôtel par le doux son de la batterie! On a pas trop compris ce que c'était au début ni pourquoi quelqu'un sentait le besoin de pratiquer ses solos de drum de si bon matin, jusqu'à ce qu'on entende la guitare et les gens chanter du rock chrétien... On s'est alors souvenu qu'à côté de l'hôtel il y avait une espèce d'église "nouveau genre" et que le pasteur et ses ouailles se donnaient à fond pour rendre leur messe vivante! Après cet agréable réveil, notre voisin de la chambre d'à côté s'est remis à son hobby préféré, soit écouter la télé très fort. On voulait se lever à 7h30: disons que finalement, ça a été un peu plus tôt!

On s'est préparés, on a pris un pain aux bananes sur le pouce pour déjeuner (il y avait une boulangerie à Leticia qui faisait un pain aux bananes délicieux pour 50 cents le gros morceau: je pense qu'on a dû en manger à tous les matins, à la fin la caissière nous reconnaissait et tendait d'emblée sa main vers les pains aux bananes quand on arrivait) puis on est allés à l'agence d'où débutait notre tour. On a rencontrés là les 2 touristes autrichiens avec qui on allait partager nos 3 prochains jours dans la jungle, un couple un peu timide quoique complètement gagas l'un de l'autre!  On a aussi rencontré Eduardo, un gars dans la vingtaine qui allait être notre guide. Il était plutôt sympa même si au début il avait l'air sérieux comme un pape, mais finalement c'était juste pour masquer le moment un peu "malaisant" où tu ne connais les personnes avec qui tu vas passer les prochains jour...

Une fois bien équipés des essentielles bottes de pluie, on a marché jusqu'au "port" de Leticia, une crique boueuse encombrée de petits canots à moteur en bois chargés de marchandises. En Amazonie, beaucoup de gens fabriquent leur moteur de bateau eux-mêmes en fixant à un moteur de tondeuse (ou quelque chose du genre) une longue tige de métal au bout de laquelle il y a une petite hélice. Ça fait tout un boucan, d'où le nom de "pequé-pequé" qu'on donne à ces petites embarcations! Pour notre part, on a pris place dans un bateau à peine plus gros recouvert d'une toile (gros avantage pour supporter à la fois le soleil brûlant et les pluies diluviennes). On a rencontré Luchio, notre capitaine de chaloupe (!), un vrai gars de jungle d'une cinquantaine d'années timide au début mais vraiment trop gentil une fois la glace cassée! C'est aussi là qu'on a fait la connaissance de notre autre compagnon de voyage, un vieux Colombien de 74 ans (Don Ignacio) vraiment adorable qui nous a jasé tout le long et qui souriait constamment. On a vaguement fini par comprendre qu'il faisait le tour avec nous parce qu'il voulait exporter du poisson d'Amazonie à Bogota (?) mais c'était loin d'être clair... En tout cas, on était un groupe plutôt disparate! On a remonté la crique puis on a débouché sur l'Amazone. Première impression: c'est vraiment large, et encore ce n'était qu'un bras! Ensuite, c'est brun! L'Amazone est une rivière "blanche" (i.e. en fait, brun café au lait) et sa couleur vient du fait qu'elle est chargée de sédiments. En Amazonie, on trouve aussi des rivières "noires", qui contiennent moins de minéraux parce qu'elles prennent leur source dans la forêt et non dans les Andes, mais jamais de rivières à l'eau transparente comme chez nous. Les rivières noires ont moins de moustiques mais contiennent curieusement plus de vie (i.e. plus d'animaux et de poissons) alors que c'est le contraire pour les blanches... Enfin, 3e observation sur le fleuve: il y a du courant en grand. Pour vous donner une idée, à lui seul, quand il est en crue, l'Amazone déverse plus d'eau douce dans l'océan que le total des 8 autres fleuves qui suivent sur le palmarès des fleuves ayant le plus gros débit au monde! Je vous laisse donc imaginer la puissance du courant, et encore nous étions en pleine saison sèche, à 2500km de l'embouchure... Remonter le fleuve avec un moteur 9 force prend donc du temps et donne par moment l'impression qu'on fait du surplace! Le courant crée aussi des tourbillons et des remous un peu partout, alors il faut faire attention, spécialement là où d'autres grosses rivières à fort débit rencontrent le fleuve. L'Amazone charrie aussi pas mal de stock: on croise constamment des branches, des joncs, de la végétation flottante, des troncs, voire même des arbres entiers! Autant vous dire qu'il faut être vigilant en chaloupe pour que le voyage ne se transforme pas en un remake amazonien de Titanic!...

Notre première étape fut de remonter le fleuve vers un lodge situé un peu plus haut côté colombien. Parce qu'on était en saison sèche, le fleuve était bas, et les rives se ressemblaient relativement toutes: des falaises boueuses surmontées de jungle. On a débarqué pour aller au lodge et on est d'abord tombés sur les animaux de compagnie de la maison, des gros perroquets bleus et verts et rouges et bleus! Comme ils étaient apprivoisés, les enfants du lodge nous les ont fait prendre sur nos épaules. On sent bien les serres qui te rentrent dans la peau mettons, et les perroquets aiment bien gosser avec les choses que tu peux avoir sur la tête! Ils ont ainsi bien aimé mordiller les bobépines de Mémé mais, dans mon cas, ne trouvant rien d'intéressant, ils se sont rabattus sur mes oreilles! Après, un pont sur pilotis nous menait à un étang où on pouvait voir le plus gros nénuphar du monde: certains mesuraient jusqu'à 2m de diamètre! Sur le pont se trouvait aussi un genre de totem en bois représentant un dauphin chaussé de poissons (!), avec un anaconda en guise de ceinture (re-!) en boa et un immense pénis rouge (quelque chose de tout à fait normal, quoi). Le guide nous a expliqué que ça représentait un personnage d'un mythe amérindien, celui du dauphin qui voulait se faire passer pour un homme et qui volait les jeunes filles vierges dans les villages...

De l'autre côté du pont on arrivait à un champ où on entendait des bruits sourds qu'on a pris pour des sons d'animaux jusqu'à ce que le guide nous dise: "Ça? Non, c'est l'armée qui s'entraîne à la base militaire pas loin d'ici!" En entrant dans la forêt, on a pu observer un arbre parasite. En Amazonie, c'est vraiment la loi de la jungle: la vie est une lutte à mort contre les autres organismes vivants où seuls les plus forts survivent. Ça vaut pour les animaux mais aussi pour les plantes, qui se battent toutes pour accéder à la lumière du soleil et aux nutriments de la terre. L'arbre parasite, lui, asphyxie littéralement l'arbre sur lequel il se fixe. Ses nombreuses branches et racines enserrent l'arbre et l'emprisonnent (en fait, ça donne l'impression que l'arbre est derrière les barreaux d'une prison) en absorbant tous les nutriments. Éventuellement, au bout de quelques années, l'arbre qui a eu la malchance d'être parasité meurt, et l'arbre parasite jette alors son dévolu sur l'arbre suivant. Les gens du coin l'appellent ainsi "l'arbre qui marche" parce qu'effectivement il se déplace d'arbre en arbre au fil des années... C'est assez impressionnant en tout cas! On a ensuite vu le plus gros type d'arbre d'Amazonie, un géant de 30-40m qui réussit à percer par-dessus la canopée (le sommet habituel des arbres dans la jungle) pour profiter des rayons du soleil.   En revenant vers le bateau, on a demandé à notre guide de quoi on devrait avoir le plus peur dans la jungle. Sa réponse? Les serpents venimeux ou dangereux (anaconda inclus) et les caïmans durant la saison de la reproduction (heureusement, on n'était pas dans cette période de l'année, ouf!). Il fallait aussi faire attention aux scorpions (!), aux araignées (!!) et aux mille-pattes (!!!). Il a aussi tenu à nous préciser que son oncle était mort d'une piqûre de mille-patte qui se trouvait dans sa botte, ce qui nous a rappelé qu'il fallait impérativement secouer notre botte avant de la remettre quand on l'enlèvera! Dans la même optique, il nous a conté la fois où il avait dû traverser à la nage une zone inondée de la forêt avec deux touristes, et qu'ils s'étaient vite dépêchés d'arriver sur la rive parce qu'ils avaient vu glisser vers eux un immense anaconda! "C'est d'ailleurs possible qu'on ait à traverser à la nage des zones inondées comme ça quand on va marcher dans la jungle demain" nous a-t-il ensuite lancé le plus sérieusement du monde. Naturellement, après une telle histoire, nous étions particulièrement enthousiasmés par une telle perspective!

De retour sur l'Amazone, on est revenus sur nos pas pour s'arrêter au village de Santa Rosa, la bourgade située sur l'île en face de Leticia mais du côté péruvien de la frontière. On a visité un peu le village, un endroit bien boueux et humide composé exclusivement de maisons sur pilotis. En effet, le niveau de l'Amazone monte tellement durant la saison des pluies qu'il submerge complètement l'île! La plupart des maisons de cette région d'Amazonie sont d'ailleurs sur pilotis pour cette même raison... À Santa Rosa, on a constaté qu'on était bien de retour au Pérou en voyant que les restos servaient du arroz chaufa (riz frit péruvien) et du lomo saltado, en plus de l'omniprésent Inca Cola, cette merveilleuse boisson gazeuse jaune fluo au goût de gomme balloune! Quand on a en plus entendu de la cumbia comme dans les Andes (relisez l'entrée "Ica et Huacachina" si vous voulez vous rafraîchir la mémoire sur ce qu'est ce fantastique style musical), il n'y avait décidément plus aucun doute possible! Après notre balade, on est allés dîner dans un resto où on nous a servi beaucoup trop de nourriture! Entre autre, il y avait de l'excellent pirarucu, un poisson amazonien pouvant atteindre 2-3m de long. Puisqu'il nous était servi on en a mangé, mais c'est une espèce surpêchée qu'il ne faut pas pêcher durant la saison de reproduction (soit présentement). La Colombie a des lois strictes là-dessus, mais juste en face, au Pérou, on nous a dit que la pêche du pirarucu n'était soumise à aucune règle... En tout cas... Comme toujours, Mémé a mangé pour 10, impressionnant le guide ("elle a bon appétit, elle!") et contribuant à maintenir bien vivante sa réputation d'estomac sans fond!

Suite à ce copieux dîner, on est repartis en chaloupe en remontant l'Amazone, cette fois de l'autre côté de l'île de Santa Rosa. Je vous avais dit que j'avais trouvé très large le bras du fleuve face à Leticia: l'autre bras était, lui, 2 fois plus large! L'Amazone est vraiment un fleuve immense! En chemin, on a vu nos premiers dauphins! L'Amazone compte 2 des 5 espèces de dauphins d'eau douce de la planète: le dauphin gris et l'impressionnant dauphin rose. On en a vu plusieurs fois au cours de notre séjour dans la jungle dans le fleuve et les rivières qui s'y jettent, c'est un bien beau spectacle à regarder à chaque fois!  On a fait un bon bout sur le fleuve avant de pénétrer dans une petite rivière d'environ 10m de large. Cette fois, on était bien dans la jungle! Comme l'eau de la petite rivière  était plus foncée que l'Amazone, on a pu observer à l'embouchure l'étrange phénomène de séparation des eaux... En fait, les couleurs ne se mélangent pas: les rivières se rencontrent et il y a une nette démarcation entre leurs eaux, on peut pratiquement tracer une ligne exactement là où les eaux de deux couleurs différentes se rencontrent.  Sur la rivière, on a vu de nombreux oiseaux, dont l'omniprésent aguila (l'oiseau de proie local). Notre premier arrêt fut  l'une des maisons sur pilotis près de la rivière. On a rencontré là un homme bien gentil, au corps usé par la vie rude de la jungle, qui allait être notre 2e guide jusqu'au lendemain. Tout le monde l'appelait "Viejo" ("le Vieux"), et comme on n'a jamais su son nom c'est comme ça qu'on va référer à lui! En espagnol, en passant, appeler quelqu'un "le jeune" ("joven"), "le vieux" ("viejo"), le p'tit gros ("gordito"), le maigre ("flaco"), etc., est une manière affectueuse et familière de surnommer les gens. Ça n'implique aucune connotation négative, contrairement au français où appeler quelqu'un de 60 ans "le vieux", même si on est proche de la personne, ne se fait absolument pas! Bref, on est restés un certain temps chez Vieux. Mémé n'avait d'yeux que pour le chaton de la famille, mais le clou de leurs animaux domestiques (parmi lesquels figurait une tarentule dans une bouteille de plastique) revenait aux 2 petits singes qui passaient leur temps à sauter et à grimper partout, à chaparder des restes de nourriture dans la cuisine, à voler des objets, à fouiller dans la poubelle et à lancer des déchets partout et à tapocher les chats (et le perroquet domestique) avec une agilité surprenante! De vraies pestes, mais c'était hilarant de les regarder faire!

Ensuite, on est partis avec Vieux installer notre campement dans la jungle (parce que oui, on dormait dans nos hamacs dans la jungle). On a donc continué de remonter la petite rivière, en observant le ballet incessant des poissons qui tentent de gober les insectes à la surface de l'eau (ce qui fait des rides dans l'eau et des "plocs!" à chaque 5 secondes partout sur l'eau). Vieux dirigeait le bateau comme un chef, simplement en pointant à notre capitaine à gauche ou à droite pour éviter les branches et autres obstacles... Après un certain temps, on est arrivés à l'endroit où on allait dormir. Nos guides se sont frayés un chemin dans les fourrés à l'aide de leurs machettes, puis on est tous allés les aider à installer les hamacs entre les arbres. Il fallait aussi installer les moustiquaires, parce que c'est à ce moment-là qu'on a fait connaissance avec l'élément le plus désagréable de la jungle: les infâmes sancuchos (maringouins)! Voraces, assoiffés de sang et aussi nombreux que chez nous, il aura fallu attendre la forêt amazonienne pour qu'on puisse trouver un seul endroit sur Terre où les moustiques sont autant une plaie que dans les forêts du Québec (et ici, en plus d'être insupportables, ils peuvent aussi transmettre la malaria)! Même couverts de chasse-moustique, on en avait un nuage en permanence autour de nous! Après les hamacs, on a cherché du bois mort et sec pour construire des feux près de notre campement. Essayez de trouver du bois sec dans un milieu aussi humide, c'est pas évident! D'autant plus qu'au début on n'était pas super à l'aise de ramasser du bois, de peur de ramasser un serpent ou de déranger un scorpion par erreur... Ou encore de tomber sur des branches pleines de fourmis et en être couverts deux secondes plus tard! Don Ignacio a ainsi vite reposé les branches du bel arbre mort et sec qu'il avait trouvé parce que l'intérieur était rempli de milliers de fourmis! Mais bon, on se rend compte assez vite qu'avec le bruit et les vibrations qu'on fait, il y a peu de chance qu'on tombe sur des bestioles peu agréables en ramassant du bois (exception faite des fourmis, naturellement!). Le but des feux (qu'on laisse brûler toute la nuit) est de repousser les animaux du campement, question d'éviter qu'un jaguar ou autre gros chat du genre n'ait envie de nous payer une visite nocturne (ça aussi, c'était bien rassurant...). Dans la jungle, où il n'y a pas de vent, on se rend également compte qu'il fait toujours très chaud et humide... et on sue donc en conséquence, ce qui non seulement est bien désagréable mais finit aussi par enlever le chasse-moustique et donc notre seule barrière contre les piqûres de maringouin...  Malgré tout, on réalise vite que la jungle n'est pas aussi désagréable qu'on pourrait le croire côté insectes. Sauf en ce qui concerne les moustiques et les papillons de nuit qui sont stupidement attirés par la lumière de ta lampe frontale et n'arrêtent plus de te percuter constamment le visage, on vit très bien avec les autres types de bibittes. La plupart de ceux qu'on voit sont inoffensifs, on ne voit pas beaucoup de grosses bestioles hideuses ou dangereuses... De temps à autre, on aperçoit une jolie sauterelle verte, une mante religieuse, un gros scarabée coloré ou un insecte-feuille, et c'est fascinant de voir la diversité qui existe entre les milliards de type d'insectes qui vivent ici!... Ce n'est pas trop mal, bref!

Peu avant le coucher du soleil, on est retournés manger chez Vieux (en s'échouant au passage contre une grosse branche dans la rivière, ce qui nous a fait bien désagréablement pencher un peu trop près des eaux noires et menaçantes à notre goût). Bien installés sur le balcon, on a pu se rendre compte que c'était l'heure où les araignées devenaient actives! Invisibles de jour, elles étaient maintenant des dizaines à tisser des toiles partout au plafond en un temps record! On était bien contents parce qu'elles nous débarrassaient des mouches et moustiques le temps qu'on mange! Ça faisait aussi le bonheur de l'un des singes, qui prenait plaisir à bouffer toutes les araignées qu'il pouvait atteindre! Au cours du souper, on a pu jaser politique colombienne avec tout le monde (même si on était au Pérou, tout le monde sauf Vieux était Colombien). Don Ignacio en avait gros sur le coeur contre le président actuel (Santos) mais surtout contre le précédent (Uribe), qui décidément ne semblait pas très populaire auprès des Colombiens qu'on a croisé! On a surpris l'un des singes en train de dormir en cuiller avec le chaton (eh oui) puis on est revenus au campement en bateau. Avant d'aller dormir par contre, il y avait une dernière activité au programme: l'observation nocturne de caïmans! Les rivières d'Amazonie sont infestées de ce type d'alligator qui peut atteindre jusqu'à 6m de long. Heureusement, ils se tiennent surtout sur les berges et ne sont actifs que de nuit. Contrairement au crocodile marin ou au crocodile africain, les caïmans n'attaquent que rarement l'homme, et seulement lorsque celui-ci s'aventure par mégarde près d'un de leur nid lors de la période de reproduction... N'empêche, habituellement ce n'est pas le type d'animal qu'on aime voir de trop près, et là on s'apprêtait à partir à leur recherche en chaloupe en pleine nuit! C'était quand même vraiment excitant, et on scrutait tous les rives dans l'espoir d'être le premier à en apercevoir. Comment repérer dans l'eau noire ou dans les fourrés un animal tout aussi noir la nuit? Simple: il suffit de repérer les yeux oranges de l'animal avec une lampe de poche, ils luisent comme de petites lanternes! Au bout d'un certain temps, Eduardo en a vu un, a étendu les bras dans l'eau... et en est ressorti avec un bébé caïman de 30 cm de long qu'il tenait bien fort au niveau des mâchoires! Il a demandé si on voulait le prendre et Mémé la brave s'est exécutée le temps qu'on prenne quelques photos! Malheureusement, l'animal s'est ensuite mis à gigoter, ce qui a surpris Mémé qui l'a laissé tomber dans le fond de la chaloupe (Mémé: j'ai aussi hurlé gracieusement bien sûr)! Notre guide s'est alors empressé de rattraper le caïman en fuite avant de le remettre à l'eau! On en a ensuite cherché d'autres. Après un certain temps, Eduardo a de nouveau plongé les mains dans l'eau, pour en ressortir cette fois avec un spécimen pas mal plus gros (presue 1m de long!). "Pour connaître le sexe du caïman, il faut flatter son ventre: s'il se laisse faire et ne se débat pas, c'est une femelle" nous a enseigné Eduardo en nous démontrant qu'on avait ici affaire à un caïman femelle. Pas sûr que j'essaierais ça avec un monstre de 6m de long en tout cas! Puis, il nous a dit qu'il allait la garder en nous disant semi-sérieusement qu'on allait la manger demain pour dîner (le caïman se mange, et ça goûte apparemment le poulet). Au final on ne l'a pas mangé, mais on l'a laissée à la famille du Vieux pour qu'elle connaisse un destin similaire... Au début, on trouvait ça révoltant mais on a fini par comprendre qu'attraper des caïmans (qui pullulent dans les environs) pour les manger ne diffère pas beaucoup pour les gens du coin de pêcher des poissons pour les manger... On ne s'émeut pas nous quand on pêche et on tue un poisson pour le manger: ici, c'est la même chose avec les caïmans! On est donc revenus au campement en trimbalant la femelle caïman. Don Ignacio trippait vraiment sur le caïman et n'a pas arrêté d'en parler et de la regarder amoureusement de toute la soirée (elle était attachée en laisse à un arbre)!

Ensuite, on a eu droit à l'allumage de feu le plus médiocre auquel on n'ait jamais assisté. Contre toute logique, Eduardo a tenté d'allumer l'un des tas de bois en plein milieu de la pyramide plutôt qu'à la base. Naturellement, ça n'a pas marché (duh!), alors il a ensuite mis des sacs de plastique (!!!) dans le tas et aspergé le tout d'un peu d'essence (!!!!!!) avant de mettre le feu au tout! On repassera pour la notion de feu "eco-friendly"... Ça a également échoué (quelle surprise), et c'est finalement l'Autrichien qui s'est occupé des feux comme un pro. On a alors commencé à avoir des doutes sur les compétences d'Eduardo... Non mais sérieusement, qui essaie d'allumer des feux comme ça??? L'allumage des feux a quand même eu un effet magique: il y a soudain eu bien moins de maringouins! Puis, Eduardo s'est mis à regarder scrupuleusement avec sa lampe de poche chaque cm des arbres entourant le campement, en y cherchant tout ce qui pourrait potentiellement poser un danger. Je ne sais pas si ça vaut pour tous les Amazoniens, mais lui était très superstitieux quand il passait la nuit dans la jungle, en suivant un rituel consistant à fumer sa seule cigarette de la journée juste avant de dormir dans la forêt et à parler à voix basse à la jungle pour que tout aille bien. Selon lui: "On ne sait jamais à quoi s'attendre avec la jungle: certaines fois, la nuit n'amène que des animaux inoffensifs, alors que d'autres fois on tombe sur des trucs plus dangereux... C'est pour ça que je suis toujours le même rituel avant de dormir!" Après, on s'est glissés dans nos hamacs pour dormir. C'était ma première nuit dans la jungle (Mémé avait déjà fait l'expérience au Guatemala) et c'était quand même impressionnant... Eduardo avait raison: la nuit, on entend très distinctement chaque son! Il y a constamment du bruit dans la forêt: cris d'oiseau, hurlements des singes, crissements des criquets, coassement des grenouilles, son mat des branches qui tombent, bourdonnement des moustiques, bruissement des feuilles sur le sol et dans les arbres, bruits d'éclaboussures dans les mares et la rivière à proximité... On a toujours l'impression que quelque chose bouge pas loin de soi! Et on se sent un peu vulnérables dans nos hamacs, même si la moustiquaire qui le recouvre confère une étrange sensation de protection!

Le réveil le lendemain s'est fait très tôt, vers5h, avec la lumière du soleil... Dans mon cas, également en raison des maringouins, puisque j'avais oublié de resserrer la moustiquaire à la hauteur de la corde du hamac, libérant un bon trou par lequel ces petits vampires s'en étaient donnés à coeur joie toute la nuit! On a défait le campement, éteint les feux puis on est partis dans la brume vers la maison du Vieux où on a tous mis la main à la pâte pour le déjeuner. Ensuite, on a dit au revoir à Don Ignacio qui revenait à Leticia (il avait l'air bien heureux de nous avoir connu en tout cas, et a longuement serré nos mains) puis on est partis avec Eduardo, Vieux et son fils pour marcher dans la jungle. On a remonté loin la petite rivière dans une pirogue motorisée en poursuivant des grands oiseaux blancs (on aurait dit des cigognes) qui s'envolaient au passage de notre bateau pour atterrir plus loin et s'envoler à nouveau! C'était vraiment magnifique! Après un bon moment, on a tous débarqué pour commencer notre randonnée en pleine jungle. On en avait officiellement pour 4 heures de marche jusqu'à une autre rivière où on rejoindrait Luchio et son bateau. La forêt de la région est ce qu'on appelle "la jungle secondaire" car, contrairement à la jungle primaire qui reste sèche toute l'année, la jungle secondaire est à moitié sous l'eau 6 mois par année durant la saison des pluies. En conséquence, le sol où on marchait demeure humide en continu et on trouve souvent des mares un peu partout! On en a eu un bel aperçu au début de la marche en traversant quelques gros trous d'eau remplis d'une boue collante qui menaçait d'engloutir nos bottes de pluie dans un grand bruit de succion... Et encore, Vieux, qui menait la marche à la machette dans le sentier, nous a dit qu'on avait de la chance parce qu'une semaine plus tôt toute cette partie était inondée! À partir de là en effet, tout le sentier était sur la terre ferme, mais on traversait quand même fréquemment des ruisseaux boueux sur des troncs d'arbre. La jungle n'est étonnement pas surchargée de végétation inextricable au niveau du sol: on peut en fait se faufiler facilement entre les arbres sans devoir se frayer sans cesse un chemin à la machette. Ça s'explique par le fait qu'il n'y a que (relativement) peu de lumière qui pénètre la canopée parce que les feuilles des arbres ne le permettent pas, et qu'en conséquence il n'y pas énormément de végétation qui pousse entre les troncs des arbres sur le sol.

On a continué notre marche en suivant Vieux qui prenait bien soin de vérifier qu'on ne pilerait pas sur un serpent ou un scorpion... Notre premier arrêt fut devant un arbre immense au tronc d'une circonférence impressionnante, que Vieux estimait âgé de 500 ans! Bien intentionné, Vieux s'est mis à couper à la machette les plantes parasites qui menaçaient l'arbre... Entre les racines, j'ai aperçu un mille-pattes d'une vingtaine de centimètres, mais Eduardo m'a dit que ceux-là n'étaient pas dangereux. J'ai même pu le prendre: les pattes font un peu comme un massage miniature sur les bras! Par la suite, on a eu droit à toutes sortes d'explications sur les différents arbres de la jungle de la part de Vieux, qui semblait décidément connaître sa forêt comme sa poche! En marchant, on a aussi croisé plusieurs animaux! Haut dans les branches d'un arbre, on a pu clairement observer la démarche lente d'un paresseux, et aussi voir à plusieurs reprises des singes sauter d'une branche à l'autre! Au sol, on a croisé de nombreux oiseaux, des iguanes et une tonne de fourmis.  On a pu voir des autoroutes de fourmis coupeuses de feuille, qui transportent tous à la queue-leu-leu sur de longues distances des morceaux de feuille qu'elles ramènent au nid! C'était vraiment une belle marche mais il faisait abusivement chaud par contre! Enfin, aux 3 quarts de la marche, on a laissé Vieux et son fils qui revenaient sur nos pas pour retourner à la maison. Eduardo a alors pris le relais pour la suite. Après un certain temps par contre, le sentier semblait bloqué par un arbre tombé, alors Eduardo nous a amené hors du sentier pour faire un détour en pleine jungle. Il s'est arrêté pour changer de direction plusieurs fois, marchait vite et ne paraissait pas trop sûr de lui, alors on a commencé à se demander s'il ne s'était pas perdu... Dans la jungle, se perdre hors des sentiers est très facile: tous les arbres se ressemblent, on ne voit pas plus loin qu'à quelques mètres devant soi et on peut marcher pendant des jours sans rien croiser... La veille, Eduardo nous disait que même les guides les plus expérimentés se perdent parfois dans des zones de la forêt qu'ils connaissent pourtant très bien! Bref, on commençait sérieusement à se dire qu'on allait peut-être errer ici un bon moment quand on a finalement retrouvé le sentier... Ouf! Notre détour impromptu a quand même eu du bon: nous sommes tombés quasiment nez à nez avec un fourmilier géant (tsé l'animal avec le long nez et la longue langue qui lèche le capitaine Haddock dans Le temple du Soleil) qui s'affairait à monter lentement dans son arbre avec son bébé sur son dos... Finalement, après 4h, on est arrivés à la rivière, au sommet d'une petite falaise où le sol était sec (une rareté!). Eduardo nous a annoncé qu'on dormirait ici cette nuit et qu'on allait pour l'instant attendre Luchio. Crevés et suants sous le soleil de midi dans la chaleur humide et stagnante de l'Amazonie, on a tué le temps en jasant aux Autrichiens jusqu'à ce que Luchio arrive et qu'on aille diner dans le bateau. Entretemps, j'ai vu dans l'eau un long serpent rouge et brun, signe qu'il était vénéneux selon Eduardo!

Après le diner, on a installé temporairement les hamacs en haut de la falaise pour se reposer. Cachés sous les moustiquaires, la chaleur étouffante, les moustiques bourdonnant sans cesse et nos corps poisseux de sueur, de crème solaire, de chasse-moustique et de saleté rendait toutefois même le repos insupportable, et on a vaguement somnolé pendant quelques heures. Vers la fin de l'après-midi, Luchio nous a amené en bateau à la jonction de la rivière Yavari où il y avait une petite plage de sable blanc fin (on ne s'attendait pas à d'aussi belles plages en Amazonie!). On s'est baignés et lavés avec délice dans l'eau chaude et brune de la rivière, après avoir sué comme des fous depuis 2 jours dans les mêmes vêtements (je vous fais grâce de l'odeur de mon t-shirt)! On ne s'est pas trop éloignés quand même: non seulement il y a le courant dans la rivière, mais aussi potentiellement des raies électriques qui piquent très douloureusement si tu leur marches dessus par erreur, des caïmans, des poissons sympas comme les piranhas, des serpents... Et dans l'eau trouble, on ne sait jamais ce qui s'y cache! On  relaxé un peu sur la plage, où on a également fait connaissance avec l'équivalent amazonien de la "mouche à marde" bien de chez nous, le tabano... Après avoir douloureusement perdu un peu de sang, on est revenus en bateau vers le campement, en s'arrêtant d'abord dans une maison sur pilotis sur le chemin. On y a relaxé un moment en regardant le soleil se coucher sur le lac derrière la maison, puis on est remontés en bateau. On a suivi quelques dauphins roses avant de s'arrêter jaser à des pêcheurs pour voir la prise du jour!

On est revenus au campement alors que la nuit était déjà tombée, et on s'est immédiatement affairés à monter le campement. Ce soir-là, c'était vraiment infernal côté moustiques et il faisait toujours aussi chaud et humide malgré l'absence de soleil... C'est là qu'on a commencé à se rendre compte que dormir dans la jungle n'est pas nécessairement une expérience bucolique: on aurait bien aimé de l'air climatisé et un endroit sans maringouins à ce moment précis! Eduardo a à nouveau fait lentement le tour des environs du campement avec sa lampe de poche pour vérifier que tout était correct. Il s'est soudainement longuement attardé sur une tache orangée sur un arbre: un agglomérat de plusieurs mille-pattes venimeux! Comme ils étaient parfaitement immobiles par contre, ça ne posait pas un danger immédiat... Puis, sa lampe de poche s'est arrêtée sur un autre arbre auquel l'Autrichien avait accroché son hamac quelques heures plus tôt. Tout près de la corde du hamac se trouvait une mygale de 10cm de diamètre! Luchio nous a expliqué que ce n'était qu'un bébé, qu'une araignée adulte de cette espèce-là pouvait atteindre la grandeur d'une main, doigts écartés! À la question "est-ce qu'elle est venimeuse?", Eduardo a laissé tomber un "oh, elle peut donner la fièvre" qui voulait tout dire... La mygale était malgré tout assez peureuse et retournait dans son trou dans l'arbre à la moindre vibration du tronc. On a quand même pu bien l'observer, et voir ses crochets à venin de plusieurs millimètres de long...

L'allumage des feux fut confié à nouveau à l'Autrichien suite à sa réussite d'hier face aux pitoyables tentatives d'Eduardo, et peu après Luchio pouvait commencer à cuisiner notre souper sur les braises. Au menu: patates, plantain cuits et poisson à la sauce aux oignons et aux tomates cuits dans une feuille de bananier. C'était vraiment excellent, notamment le poisson, et même si l'une des bananes a littéralement explosé dans le feu! Tout en mangeant, Mémé a calmement demandé si c'était normal qu'elle voie des yeux oranges dans la forêt près d'elle! Au final, heureusement, ce n'était qu'une grosse grenouille et non un caïman! Après le souper, on a continué à installer le campement. Cette fois, Eduardo, l'Autrichien et moi avons dormi à même le sol alors que les deux filles avaient choisi le confort de leur hamac même si la pluie menaçait de leur tomber dessus (il n'y avait pas assez de bâche pour protéger de la pluie à la fois ceux qui allaient dormir par terre et les hamacs, mais Mémé et l'Autrichienne avaient beaucoup insisté pour dormir dans leurs hamacs malgré tout). En ce qui concernait notre campement à même le sol, on a en fait dormi sur une bâche de plastique en haut duquel était tendue notre essentielle moustiquaire et la toile imperméable pour la pluie. Avant d'aller dormir, on a pu observer les nombreuses lueurs orangées sur le bord de la rivière: il y avait beaucoup plus de caïmans aujourd'hui! Eduardo nous a appris à reconnaître leur cri distinctif, qui ressemble à un ronflement sourd...  Puis, on est allés se coucher en prenant bien soin de tuer chaque moustique ayant pénétré dans la moustiquaire, pendant qu'Eduardo reprenait son rituel de fumer sa cigarette en "parlant à la jungle" à voix basse...

Après une nuit meilleure que la précédente, on s'est réveillés de bon matin pour défaire le campement et déjeûner avant de repartir en bateau. Mémé s'est faite dire à maintes reprises par un Eduardo qui trouvait ça bien drôle qu'un caïman "negro" (les plus gros et les plus dangereux) avait passé la nuit à côté de son hamac! On s'est arrêtés à la même maison sur pilotis que la veille. On a d'abord été chercher notre dîner chez un voisin: deux immenses poissons qu'il avait pêché un peu plus tôt! On s'est reposés un peu sur la galerie (Mémé un peu moins, ses intestins refaisant des siennes) puis Eduardo nous a donné des  cannes à pêche rudimentaires (i.e. un bambou, une corde et un hameçon) pour qu'on aille sur le lac pêcher des piranhas! "N'oubliez pas d'assommer le poisson avant de lui enlever l'hameçon si vous voulez garder votre doigt" nous a lancé Eduardo sur son air mi-sérieux habituel avant de pousser nos frêles pirogues vers le large.... On a lancé nos lignes mais, contrairement aux Autrichiens qui n'arrêtaient plus de se faire mordiller leurs appâts, c'était le calme plat de notre côté! En fait, jusqu'à ce  qu'on trouve à notre tour un spot où ça mordait, et qu'on commence aussi à se faire bouffer nos appâts dans un temps record sans pouvoir attraper un seul de ces poissons affamés! Seule l'Autrichienne a en fait réussi à capturer un piranha, mais il était bien trop petit pour qu'on le mange alors on l'a remis à l'eau... En revenant vers la maison sur pilotis, j'ai lancé l'un de mes derniers appâts et, tout surpris, j'ai sorti de l'eau un poisson d'une quinzaine de centimètres de long! Ce n'était pas un piranha mais Luchio m'a dit que c'était aussi un bon poisson, et il a ainsi fait partie de notre dîner!

Suite à un bon dîner de poisson, on a repris le bateau avant de s'arrêter à la même plage que la veille pour se baigner. Cette fois, le vent avait éloigné mouches et moustiques, à notre plus grand plaisir! Une partie de la plage était par contre occupée par une colonie d'oiseaux et de gros iguanes qui se sont enfuis à note arrivée... On a aussi remarqué que Mémé était celle qui avait attiré tous les moustiques avec un record de 247 piqûres au total! Puis, on est remontés à bord de notre chaloupe afin de revenir à Leticia, à 3h de bateau. Au passage, on a croisé plusieurs dauphins et de nombreux oiseaux, certains comiquement perchés en groupe sur les morceaux de bois mort à la dérive sur la rivière! Tout le monde (sauf l'Autrichienne qui ne voulait pas) a pu contrôler le bateau pendant un long moment! Mémé a ainsi pu remonter une bonne partie du Rio Yavari et moi j'ai pu jouer au capitaine sur l'Amazone, naviguant entre branches, débris, remous et autres bateaux!

Enfin, on est revenus au port de Leticia, où on a dit au revoir à Luchio. Après 3 jours de jungle, ça faisait un certain choc de revenir à la civilisation, et Leticia nous apparaissait désormais comme une grosse ville en comparaison avec les petits villages de la jungle! De retour à l'agence, on a remercié Eduardo et salué les Autrichiens, puis on s'est mis à la recherche d'un hostel. On avait le goût de revenir à l'hostel où on logeait avant notre excursion dans la jungle, mais en raison de notre mésaventure avec les guides illégaux qui y avaient pignon sur rue on s'est dit qu'il vaudrait mieux aller ailleurs parce qu'on n'avait pas envie de recroiser Jorge. On a fini dans un autre hostel bien sympa, où on a confié notre linge sale (i.e tout ce qu'on avait) à la gérante qui nous faisait (chose rare) un excellent prix pour laver notre stock puant la jungle! Après un saut à la poste, on a ensuite été voir au poste de police si, par extraordinaire, Jorge n'y avait pas laissé l'argent qu'il était censé nous rembourser. Contre toute attente, l'intégralité de nos 100 000 pesos y était!! Tout étonnés, on est revenus à l'hôtel pour répondre à quelques courriels quand a surgi dans l'entrée... Jorge! Ce fut plutôt ackward comme moment:

Jorge: Euh, salut... Tout va bien?
François: Oui, oui, tout va bien...
Jorge: Ah, ok, c'est bien, l'essentiel c'est que tout aille bien.
François: Oui...
Jorge: Ok, euh, il faut que j'aille voir la gérante. C'est ma big boss!
François: Ok!

Donc, Jorge travaillait maintenant pour notre hostel, qui possède une agence de voyage très respectable et recommandée par le Lonely Planet! De la part d'un gars qui disait qu'il travaillait et travaillerait toujours comme "freelance", c'était un retournement impressionnant!... On n'a jamais vraiment su si nous étions les raisons l'ayant forcé à enfin travailler légalement, mais bon, c'était bien surprenant en tout cas! Puis, il nous restait une formalité à accomplir avant de partir le lendemain pour le Brésil: obtenir notre étampe de sortie de Colombie. Assez stupidement, le seul endroit où on peut faire ça en ville est l'aéroport, même si on part en bateau ... Comme on s'était fait dire que les douanes restaient ouvertes tard, on a marché sans se stresser vers l'aéroport situé à l'autre bout du monde... pour se faire dire que les douanes venaient de fermer (il était 19h10)! Ça nous garantissait un avant-midi de marde le lendemain parce qu'il faudrait revenir à 8hà l'aéroport pour ensuite aller prendre notre bateau à 9h (10h heure du Brésil)... On est maintenant résiliants quand des affaires poches comme ça arrivent MÊME si on fait des efforts pour que ça n'arrive pas ( même si c'est frustrant en ¥>#}~|£•<!!)... Il le faut parce que c'est souvent comme ça en voyage! Avant de dormir, on a pris un morceau dans un resto sympa de la ville puis on a profité de nos premiers lits confortables depuis 2 nuits!

Prochaine destination: Manaus, au Brésil, via l'Amazone! À très bientôt!

mardi 5 novembre 2013

Leticia


Holà, c'est Mémé!

Le vol de deux heures s'est bien passé et on a pu passer du froid bogotien vers la chaleur amazonienne, étonamment moins pire qu'on aurait pensé (il faut dire qu'on arrivait le soir). On a payé notre taxe municipale pour les visiteurs de la ville (!) et on est partis en marchant vers le centre. À l'aéroport et sur le chemin on s'est fait gosser par des agences de voyage et des "touts" d'hôtels. En marchant on discutait du fait qu'on était peut-être trop peureux et qu'on pourrait laisser une chance aux hôtels (reste qu'on n'aime pas encourager cette pratique). Comme on passait proche d'un des hôtels, on s'est dit qu'on irait jeter un oeil. Finalement c'était très bien et François a réussi à nous avoir une chambre avec air climatisé pour un super prix! Dans l'hôtel, on a revu un des gars de l'aéroport dont l'agence était dans l'hôtel, il était bien fin et on lui a dit qu'on irait le voir pour jaser des tours dans la jungle. On est allés souper, le frère du gars de l'agence nous a croisé au resto puis on l'a suivi vers l'hôtel. Ce qu'ils nous proposaient comme tour était bien tentant, ils avaient un cahier avec de très bons commentaires de la part d'autres touristes,le proprio (Jorge) et le guide (Nixon) étaient drôles et avaient l'air compétents et le prix était dans les standards alors on a réservé un tour avec eux pour deux jours plus tard. Jorge demandait la moitié du prix d'avance (donc 400 000 pesos = 200$) mais on avait juste 100 000 alors on lui a dit qu'on paierait le reste le lendemain. On est allés se coucher et profiter de notre air climatisé!

Le lendemain, on s'était dit qu'on ferait une journée relax (de toute façon on ne pouvait pas quitter Leticia avant le mercredi car il n'y avait pas de bateau pour Manaus avant). Mon plan de faire la grasse matinée jusqu'à midi a été ruiné par Jorge qui m'a réveillée en frappant violemment à notre porte à 10:00 pour nous dire qu'il pouvait acheter nos billets de bateau pour Manaus si on voulait. On a finalement refusé parce qu'on ne voulait pas qu'il se prenne une cote (et on a bien fait avec le recul!). Il nous pressait pour avoir son argent car il devait préparer le tour pour le lendemain alors on lui a dit qu'on allait retirer de l'argent et qu'on passait à l'info touristique avant de revenir à l'hôtel. La fille de l'info touristique était bien gentille et on a posé plein de questions sur le bateau vers Manaus et les tours dans la jungle. On lui a dit qu'on avait réservé un tour et on a sorti la carte de l'agence de Jorge ("Jorge de la selva") pour lui demander si elle savait si c'était une bonne agence. On a bien fait: "je suis vraiment contente que vous ayez amené sa carte parce que ce gars-là est illégal, il n'a pas le permis pour avoir une agence ou embaucher de guide, on a une liste de problèmes que des touristes ont eu avec lui mais on n'a jamais réussi à lui mettre la main dessus." Ha... Génial... On a donc parlé à un policier de la police touristique (la Colombie cherche à redorer son image et attirer les touristes) qui nous a dit d'essayer de récupérer notre argent par nous-mêmes et que si jamais il ne voulait pas, qu'on appelle la police... On n'était pas très heureux de la situation mettons...

On est retournés à l'hôtel et on y a appris par Nixon que Jorge était à l'aéroport. Là on était sûrs qu'il ne reviendrait jamais vu qu'il savait qu'on était allés à l'info touristique... On a fini par aborder le sujet avec Nixon, prétextant qu'on avait rencontré de nos amis et qu'on voulait partir dans la jungle avec eux mais qu'ils tenaient à aller avec une autre agence. Nixon disait qu'il ne pouvait pas nous rembourser, qu'on devait en parler avec Jorge... J'ai laissé François-le-diplomate parlementer avec Nixon pendant que j'allais à l'info touristique chercher le numéro de la police touristique qu'on avait oublié de prendre. Pendant mon absence, Nixon avait prétexté aller aux toilettes dans l'hôtel mais s'était plutôt enfui de l'hôtel! Là on était vraiment convaicus que les deux étaient des croches et qu'on ne reverrait pas notre argent. Contre toute attente, ils sont revenus et on a pu continuer à leur demander calmement de nous remettre l'argent. Comme ça n'aboutissait pas, j'ai prétexté que j'allais appeler nos amis pour leur expliquer la situation. J'ai trouvé un cellulaire pas trop loin et j'ai appelé l'intendant de police Margi dont j'avais le numéro de cellulaire J'avais compris que le numéro que j'avais était celui du policer de l'info touristique alors j'ai juste dit qu'on était les touristes de l'info touristique et qu'on avait besoin de son aide. Mais il m'avait donné le numéro de sa supérieure alors je comprenais pas pourquoi c'était une fille et elle ne comprenait rien de ce que je racontais! Déjà qu'appeler la police dans une langue étrangère était stressant, notre échange était plutôt incompréhensible! J'ai fini par comprendre qu'elle envoyait quelqu'un. J'attendais devant l'hôtel question de pouvoir expliquer la situation aux policiers avant de monter, laissant le pauvre François se faire cuisiner quant à nos soi-disant amis... Il a finalement réussi à lui faire signer un papier pour qu'il nous remette l'argent dans deux jours mais ça n'a pas été sans peine. Jorge-le-croche a d'abord écrit "este recibo es para cancelar el tur". L'affaire c'est que "cancelar" veut dire à la fois "annuler" et "payer"!! Il a fait son naïf quand François lui a fait remarquer puis a recommencé en faisant une faute on-ne-peut-plus grossière du mot "devolucion" ("remboursement)! Tsssss.

La police n'arrivait toujours pas alors j'en ai intercepté deux en moto, qui ont rappelé l'intendante Margi. Quelques minutes plus tard, Jorge descend de l'hôtel et s'apprête à partir en moto. J'essaie de gagner du temps en m'intéressant à ce qui s'est dit en haut puis François est venu à ma rescousse pour qu'on le retienne jusqu'à ce que la police arrive. Du coin de l'oeil, j'ai aperçu la police qui semblait se diriger vers l'hôtel. Jorge et Nixon l'ont vue aussi et on pouvait voir la panique dans leurs yeux! Jorge a lancé un regard à Nixon qui a commencé à s'éloigner doucement. Jorge a eu un réflexe pour sauter sur sa moto alors je me suis assise sur son siège, puis la police s'est arrêtée à nos côtés. Fiou! Le chat est sorti du sac et on a expliqué que c'était une agence illégale, qu'il y avait eu plusieurs problèmes avec eux dans le passé et donc que le lien de confiance s'était brisé et qu'en conséquence on ne se sentait plus à l'aise de partir avec eux, etc etc. Jorge était fâché, disait qu'on avait un contrat avec lui pour qu'on parte le lendemain, nous sortait des articles de la loi sur les remboursements et bla bla bla mais j'avoue qu'un "contrat" avec quelqu'un d'illégal depuis des années ça valait pas fort à nos yeux. L'imposante Margi lui a fait promettre qu'il viendrait lui porter l'argent à elle et qu'on irait le chercher par après. On est remontés à l'hôtel, s'excusant auprès du proprio pour le grabuge (il était de notre côté mais reste qu'il permettait à une agence connue comme illégale d'utiliser ses locaux en échange de touristes que Jorge lui amenait de l'aéroport...). Jorge est remonté et a engueulé le plus-que-patient François: "tu es avocat, tu devrais savoir que ça se fait pas appeler la police dans le dos du monde" (mouin... je suis sûre que tu l'aurais attendue sagement si on t'avait dit la vérité, messemble...). Reste qu'il n'a pas contredit une seule fois quand on disait qu'il était illégal; il répondait qu'il était compétent. Probablement en plus, on n'en doute pas, son tour aurait sûrement bien été (si on était réellement partis le lendemain et qu'il n'avait pas seulement empoché notre argent sans jamais se présenter...). Notre point c'est: si tu es compétent, pourquoi tu ne t'enregistres pas? Si tu as fait des erreurs dans le passé avec d'autres touristes, tu peux sûrement prouver que tu as changé. Si on n'était pas allés vérifier à l'info touristique et qu'on avait fait le tour sans savoir qu'ils étaient illégaux, on aurait probablement bien aimé! Mais là on n'avait juste plus confiance en eux. On leur donnait quand même 400$ en tout, une fortune pour des backpackers, et on allait passer 3 jours avec eux dans la jungle où notre rapport de force face à eux allait être très faible... On voulait donc avoir la sécurité d'avoir un recours en cas de problème, ce qu'une agence légale nous permettait... Alors que dans le cas de "l'agence" illégale de Jorge et Nixon, s'il se passait quelque chose, il leur suffirait de disparaitre sans qu'on ne puisse rien y faire et qu'on n'ait aucun recours face à eux!

On a pris congé dans la chambre pour se remettre de nos émotions. Disons que notre journée relax s'était transformée en une des plus stressantes du voyage! En repensant à tout ça, on s'est mis à avoir peur: qui sait à quoi Jorge était prêt s'il était très fâché contre nous?? On imaginait déjà nos corps criblés de balles durant la nuit... On a fait part de notre peur au gars de l'hôtel qui nous a rassuré et on est allés voir la police touristique pour leur demander leur avis sur l'état de notre sécurité. Ils nous ont un peu rassurés, ont confirmé qu'on avait fait la bonne chose et nous ont dit que ce serait vraiment niaiseux qu'il nous fasse quelque chose car ce serait le premier suspect. Bref, on a essayé de se calmer un peu. Un des employés de l'info touristique a appelé un de ses amis guide (légal...) pour qu'il nous parle de ce qu'il pouvait nous offrir comme tour. Il était bien gentil, on lui a raconté l'histoire avec Jorge et il nous a dit: "c'est une bonne personne, mais il a fait des erreurs. Il a été impliqué cinq fois avec la justice, il a été tenu coupable deux fois et a fait de la prison". Ah...! Finalement, on n'a pas retenus ses services car il demandait un prix excessif pour le tour "classique" et celui qu'il nous proposait pour moins cher était moins tentant. On est retournés à l'info touristique pour avoir la liste des agences légales et, par malheur, on est tombés directement sur Jorge qui était venu "défendre sa réputation". L'employée de l'info touristique nous a dit que depuis les 6 ans où elle travaillait là, il n'avait jamais daigné se présenter à eux quand ils essayaient de le rejoindre par rapport à un problème avec des touristes...! Outre le fait que c'était plutôt mal-à-l'aisant, ça nous a rassuré car on se disait que tuer deux touristes n'était pas la meilleure idée si son but était maintenant de redorer son image! Après, on a fait le tour de quelques agences de la ville pour jeter notre dévolu sur l'agence d'une "bonne amie de Margi" selon les dires de la vendeuse. Leur tour était un peu plus cher mais ce qu'ils proposaient était très intéressant et on se sentait en confiance. Par contre, il fallait attendre le soir pour qu'elle confirme le tour avec d'autres touristes (et donc que ça baisse le prix). Entre temps, on a mangé une crème glacée puis on a fait un tour au marché pour magasiner les hamacs qu'on allait utiliser sur le bateau vers Manaus. On a soupé dans un bon petit resto puis on est retournés à l'agence où la dame nous a confirmé qu'il y aurait deux Autrichiens avec nous mais qu'ils voulaient partir le surlendemain. On était bien contents et on s'est dit qu'on aurait finalement notre journée relax le lendemain! J'ai fait un peu de lèche-vitrine dans un des milliers (?) de magasins de linge deLeticia (en Amérique du Sud, les vendeuses ont la fâcheuse habitude de te suivre, et même de te coller, tout le temps où tu te promènes dans les allées. Elles restent aussi devant ta cabine. Ça pourrait paraître comme un bon service mais personnellement ça m'énerve au plus haut point d'autant plus que la propension à sourire et à être sympathique n'a pas du tout l'air d'être un critère lors de l'embauche des vendeuses de vêtements...)
Finalement, on est revenus à l'hôtel où on a parlé sur skype à mes parents pour la soirée! On s'est couchés plutôt tard parce qu'on a fait le point sur notre journée et qu'on se sentait quand même mals pour Jorge d'avoir appelé la police...

Le lendemain, mon rêve (utopique) de grasse matinée jusqu'à midi n'a toujours pas eu lieu car la dame de l'agence est venue nous confirmer qu'elle avait acheté nos billets de bateau vers Manaus et qu'elle serait à l'agence jusqu'à midi pour qu'on aille payer le tout. On a mangé au marché dans un shack brinquebranlant assez peu hygiénique et à la bouffe plutôt moyenne... En plus, la dame avait l'air toute déçue qu'on ait pas beaucoup mangé... C'est toujours dans ces moments-là que les gens des restos s'enquièrent sur si on a aimé ça! Puis, j'ai fait acheté une nouvelle paire de shorts, mes fidèles shorts qui m'ont suivi au Vietnam et dans les Stans étant maintenant plein de trous... L'après-midi a été relax, on a changé le reste d'argent péruvien qui nous restait, on a grignoté un empanada dans un café, on a fait des provisions au-cas-où pour la jungle (j'ai une peur phobique de manquer de nourriture...), on a acheté du chasse-moustique, on a fait quelques courriels le temps que la pluie arrête... Sinon, je ne vous ai toujours pas parlé de Leticia! C'est une ville située sur ce qu'on appelle la triple frontière (l'endroit où se côtoient le Pérou, la Colombie et le Brésil près du Rio Amazone) et c'est la plus "grosse" ville à plusieurs lieues à la ronde. C'est plutôt mignon, pas nécéssairement un charme particulier mais on s'y sent bien et les gens sont relax. C'est aussi une des villes les plus sécuritaires de Colombie. Contrairement au reste de la jungle où il vaut mieux ne pas aller de façon générale, cette petite section est très surveillée (militairement) à cause de l'industrie touristique.

Vers la fin d'après-midi, on est allés collationner-souper dans le seul petit café mignon qu'on avait vu dans la ville, qui était plutôt une boulangerie finalement. On s'est quand mêmegoinfrés avec une baguette (pas trop mauvaise), du beurre et un chocolat chaud. On avait rendez-vous skype avec la mère de François en soirée alors on s'est tranquillement dirigés vers l'hôtel. Par contre, c'était le déluge... À ce moment on s'est dit que ce ne serait pas une mauvaise idée d'avoir des ponchos pour la pluie durant notre séjour dans la jungle alors on a fait un saut au Hiper, notre meilleur ami supermarché de Leticia, pour s'en acheter.

Après avoir parlé à la mère de François, on est allés rejoindre 3 backpackers (un Italien, un Suisse et un Français) qui étaient dans l'hôtel et qui nous avaient invités à venir boire de l'aguardiente (alcool fort dégueu au goût d'anis, très populaire en Colombie...) avec eux. Ils arrivaient d'un 8 jours de bateau depuis Manaus et ça n'avait pas trop bien été car ils étaienttombés sur le pire bateau qui fait la route et ils se sont échoués sur un banc de sable... En plus l'un des gars s'était fait voler ses affaires et toute la bande était donc coincée à Leticia le temps que son ambassade à Bogota prenne les dispositions nécessaire à ce qu'il puisse voyager! Tout le monde avait malgré tout un bon moral! C'était bien sympa mais on devait préparer nos sacs alors on est retournés à la chambre puis on est allés dormir, un peu stressés pour notre virée dans la jungle le lendemain!

Caïmans, mygales et autres bibittes pour la prochaine fois!

lundi 4 novembre 2013

Bogota

Hola chicos, que tal?

C'est François qui reprend la plume pour vous raconter notre passage à Bogota, la capitale de la Colombie! On était partis de San Gil tard le soir, et la nuit fut courte parce qu'à 6h on échouait dans le terminal de bus de Bogota... Finalement, il n'y avait pas eu de manifestations autochtones retardant notre entrée en ville! Encore tout ensommeillés, on s'est fait aider par un Colombien qui voulait qu'on parte en taxi vers le centre, mais vu l'heure on a plutôt décidé d'aller déjeuner un peu. On a été surpris de se faire offrir partout du bouillon de poulet et de la soupe de poisson pour déjeuner, à grands renforts de "a la orden"! Je me croyais de retour à Hong Kong lors de ma première visite en 2008, au moment où j'ai compris que pour les Chinois manger de la soupe aux nouilles à 7h du matin était tout à fait normal... Pour notre part, on s'est plutôt rabattus sur des oeufs bien ordinaires...

Par la suite, on a été s'informer auprès du bureau de l'information touristique de la gare sur les moyens de se rendre en bus au centre-ville, puis on est partis. Bogota a aussi un système de bus rapides comme beaucoup d'autres villes de Colombie, mais pour le trajet qu'on voulait faire on a dû subir un minibus bondé! Encore une fois, les gens étaient beaucoup trop gentils, et je pense que l'autobus entier nous a aidé à descendre au bon arrêt! On a abouti dans le Centro Internacional, une partie du centre-ville couverte de gratte-ciels. Après avoir pris un rafraichissant verre de jus d'orange fraîchement pressé sur la rue, on s'est mis en marche vers l'appartement d'une de mes amies d'études (Catherine Ménard pour ceux qui connaissent) qui avait gentiment proposé de nous héberger pendant notre visite à Bogota. Son appart, qu'elle partage avec deux autres Québécoises, était situé dans le quartier La Macarena (vous pouvez ici commencer à danser), l'équivalent du "SoHo" de Bogota parce qu'on y trouve tout plein de restos émergents et que c'est le quartier "tendance" de Bogota. Par contre, son appart était aussi situé à la limite du quartier La Perseverencia, un quartier peu recommandable hébergeant son lot de délinquants et qu'il valait mieux éviter en tout temps! Le contraste était frappant: sur la rue de Catherine, le quartier était bien tenu, tranquille et sécuritaire, mais un coin de rue plus loin les rues étaient toutes croches, les bâtiments beaucoup moins beaux et la sécurité baissait d'un cran! Selon Catherine, contrairement à d'autres villes d'Amérique du Sud où les beaux quartiers se concentrent dans un secteur X et les mauvais dans un secteur Y, Bogota est en fait un patchwork côté sécurité: il y a un quartier safe, puis à côté un quartier pas mal plus dur, suivi ensuite d'un autre quartier très fréquentable!

Arrivés à l'appart, on a parlé un bon moment avec Catherine (ses colocs travaillaient), après qu'elle nous ait fait visiter son bel appart ("beau mais cheap", selon ses dires... en témoignent notamment le fait que plusieurs choses, genre le support à papier de toilette, avaient brisé depuis leur occupation quelques mois plus tôt! Quoi qu'il en soit, c'était quand même une coche de plus que mon appart de Santiago) (Mémé: euh quoi? C'était un palace comparé à ton appart!!)! Catherine fait un stage en Colombie pour le compte d'Avocats sans frontières Canada (ASF), un organisme québécois dont le rôle est de prêter main-forte à différentes associations de droits humains au Guatemala, en Haïti et en Colombie. En fait, Catherine travaillait pour une ONG colombienne de défense des droits des Noirs avec laquelle ASF voulait établir une collaboration. En conséquence, il leur avait donc passé une stagiaire (Catherine) mais ne s'étaient cependant pas entendus sur le mandat qu'elle ferait. Sur place, elle s'est donc trouvée avec une responsable qu'elle n'a presque jamais vue dans une organisation qui ne sait pas vraiment quoi lui faire faire! Résultat, malgré toute sa bonne volonté et le fait qu'elle ait fait part de la situation à ASF, elle n'a pas fait grand'chose jusqu'ici, et ce qu'elle a fait (rapports, etc.) aurait pu être fait du Québec (très peu de travail de terrain).... Bref, c'est un peu poche...

Après avoir jasé un bout pendant que j'organisais un peu notre visite, que je répondais à quelques omniprésents courriels et que cette extraordinaire Mémé (aka Herbe) faisait encore du lavage, on a laissé Catherine pour aller manger un excellent repas dans un marché tout proche. La cuisinière n'arrêtait plus de nous resservir du jus et de la bouffe, et a secoué la tête avec déception quand j'ai refusé de reprendre une autre grosse louche de plantains frits parce que j'étais plein! Puis, on a marché le long de l'avenue principale de La Macarena pour aboutir au centre historique de la ville. En chemin, on a traversé  un viaduc où on a vite constaté qu'il y avait un attroupement plus grand qu'à l'ordinaire des forces de l'ordre. En fait, c'est surtout la présence de quatre énormes chiens noirs muselés (et jappant agressivement) que les policiers retenaient à grand-peine qui nous a un peu abasourdi! Un sans-abri est ensuite venu invectiver les policiers pour une raison qu'on a pas saisi... On a fini par comprendre que la cause de tout ce vacarme était le fait qu'un ivrogne visiblement bien imbibé perturbait la circulation de l'autoroute plus bas en se promenant sur les voies... Quand les policiers ont pu lui mettre la main au collet, ils n'ont pas fait ni une ni deux et l'ont plaqué violemment par terre pour lui passer les menottes! On a beau se dire que cette situation aurait pu se passer partout dans le monde, il n'empêche qu'une réponse aussi brutale des policiers (les quatre gros chiens épeurants, l'arrestation musclée) à un problème somme toute bénin ne se serait probablement pas passée comme ça chez nous (ou, si oui, ça aurait fait les manchettes comme avec l'agente 728 et ça aurait soulevé une vague d'indignation)... Une conséquence de la militarisation de la Colombie et de l'application constante de la "méthode forte" préconisée par l'ex-président Uribe, même à des situations banales? Peut-être... en tout cas, on s'est dit que ça faisait partie des situations "Only in Colombia", au même titre que les soldats armés qu'on voit sur le bords de toutes les routes du pays!

Ensuite, on a marché sur l'une des artères principales de la ville, transformée en rue piétonnière le jour, visitant au passage une ou deux églises. Puis, on a visité l'un des must de Bogota: le musée de l'or. On n'est pas très musées habituellement, mais celui-ci était plutôt intéressant et très bien fait. On pouvait y voir des pièces (masques, objets rituels, etc.) en or trouvés dans toute la Colombie et datant de l'époque précolombienne. L'un des peuples du coin avait une coutume plutôt inusitée: ils fabriquaient des objets finement ouvragés en or qu'ils jetaient ensuite en grande quantité dans un lac lors de cérémonies solennelles en guise d'offrandes. Les Espagnols n'ont jamais pu mettre la main sur ce trésor, et quand les archéologues l'ont finalement retrouvé ils ont trouvé tellement d'or qu'ils ont eu l'impression de trouver le mythique El Dorado! L'une des pièces du musée recrée ce rituel, en isolant le visiteur dans une pièce noire et fermée où on a l'impression d'être dans le lac en question. Puis, des projecteurs éclairent les murs et révèlent des milliers de pièces d'or! C'était bien sympa en tout cas, et on a aussi vu une momie dans une exposition temporaire du musée.

Par la suite, on a continué notre visite vers le quartier de La Candelaria, le coeur colonial de Bogota. La place centrale, complètement dénuée d'arbres, était moins jolie que celles qu'on avait pu voir ailleurs, mais ça rendait les bâtiments autour (la cathédrale, le Congrès, la Cour suprême)  plus imposants encore. La Cour suprême, une horreur en béton sortie tout droit des années 1960, est un lieu hautement sanglant de l'histoire récente du pays. Dans les années 70 en effet, des guérilleros l'ont pris d'assaut et y ont tué un tas de monde, dont 18 juges. L'armée a fini par reprendre le contrôle, détruisant au passage une partie du bâtiment et tuant plusieurs rebelles... On a continué de marcher vers le palais présidentiel, en passant une série de checks-points militaires où des soldats en armes ont fouillé notre sac à dos. C'est dans des moments comme celui-ci qu'on se souvient que, malgré les apparences, la Colombie est toujours en guerre... On a ensuite déambulé dans des rues transversales du quartier. L'endroit était charmant, mais tout le monde nous disait de ne pas y rester le soir alors on est lentement repartis vers l'appartement de Catherine. On a fait des courses en revenant parce qu'on avait dit qu'on s'occupait du souper pour remercier Catherine et ses colocs de nous héberger!

On est revenus (en croisant un gars louche qui se promenait dans le quartier avec une barre de fer) puis on a commencé à préparer le spaghetti qu'on faisait pour tout le monde! Les colocs de Catherine sont arrivées: toutes font aussi des stages pour ASF. Il y en a une qui travaille pour une association d'autochtones, mais elle aussi ne fait pas grand'chose parce qu'elle n'a jamais eu de mandat clair, ce qu'elle trouvait particulièrement frustrant! En fait, il n'y a qu'Élise qui a un stage qu'elle trouve bien (elle travaille directement avec une avocate colombienne)! Le souper a été très plaisant, notre sauce à spag n'était pas trop pire et on a agrémenté le tout de vin chilien! Bref, ça a été très agréable!

Le jour suivant, on s'est réveillés plus tard pour rattraper un peu notre sommeil, puis on a déjeuné avec Catherine. Le bon côté d'être entre Québécois (une rareté depuis le début du voyage!) c'est qu'on a pu parler un peu de l'actualité chez nous: on a ainsi eu de bons débats sur la fameuse charte des valeurs, sur les élections municipales (notamment sur Régis Labeaume et Laurent Proulx) et sur de possibles élections provinciales... Après, on est sortis. On allait rejoindre une autre amie, une Colombienne (Natalia Borhoquez) qu'on avait connu l'an dernier quand elle était venue faire de la recherche pour une session dans mon programme à Québec! On l'a rejointe sur la place centrale alors qu'il pleuvait des cordes, et elle nous a vite emmené dans un resto typique du coin pour joindre l'utile à l'agréable (se protéger de la pluie et manger!). On était super contents de la revoir! On a mangé un excellent et énorme ajiaco (voir Popayan si vous ne vous souvenez plus ce que c'est) avec des jus de fruits, puis Natalia nous a fait découvrir d'autres parties du centre-ville. On a vu au passage qu'une manifestation était à l'évidence en train de se préparer: il y avait des policiers anti-émeutes partout, et en particulier devant les bâtiments publics et les commerces représentatifs du capitalisme (par exemple les banques, le McDo...) La palme du moment pas rapport de la journée demeure notre rencontre, sur l'artère principale, avec un chien qui trottait en traînant le message "Souriez, la vie est belle!" dans sa gueule! On a fui le centre-ville et le grabuge potentiel et on a ensuite pris le téléphérique jusqu'au sommet d'une montagne qui surplombe la ville. Malheureusement, avec le temps nuageux, on ne voyait pas très bien mais le brouillard donnait une impression fantomatique pas désagréable dans les chemins où on s'est promenés sur le sommet. On s'est aussi arrêtés pour prendre une "agua de panela" (littéralement "eau de cassonade"), un genre de thé sucré à la cannelle dans lequel il y a aussi un peu d'alcool fort. À un moment donné Mémé et moi on s'est tous les deux arrêtés pour observer une fleur tropicale particulièrement belle alors que Natalia continuait de marcher. Elle s'est excusée en riant: "Ah oui c'est vrai, j'oubliais que vous n'êtes pas habitués à voir des fleurs comme ça partout!"

Avec la pluie, il faisait quand même froid au sommet et on est redescendus. De là, Natalia nous a emmené au nord de la ville pour qu'on voie une autre facette de Bogota. Dans le très long trajet de bus, on a pu voir que Bogota est une ville très étendue! On a aussi eu droit à un dude qui nous a fait un rap sur le thème "j'aime ma mère", ce qu'on a trouvé cocasse et lui a valu une pièce de notre part! On a débarqués dans le quartier d'Usaquen devant une ancienne hacienda transformée en entre d'achat. À l'époque, cet endroit était un village qui a été progressivement intégré à la capitale au fur et à mesure que la ville s'agrandissait. En effet, en sortant du centre d'achat, on tombe sur une mignonne place qui, avec les rues couvertes de vieux pavés l'entourant et sa petite église, avait vraiment un feeling de petit village! Il y avait plein de jolis restos et bars autour, bref l'endroit avait une très belle ambiance! Toujours sous la pluie, on a ensuite descendu 40 rues (oui, Bogota, c'est grand!) vers un autre quartier, la Zona T. C'est en fait une petite rue piétonne en forme de T où se concentrent bars, cafés et resto branchés, tout près du Parque 93, l'endroit hip pour sortir à Bogota. Comme il était tard et qu'on mourrait de faim, Natalia nous a proposé d'essayer une chaîne de restos colombiens qu'elle affectionnait particulièrement: Crepes & Waffles. Si vous allez en Colombie, croyez-nous sur parole: vous devez y aller! Le concept, vous l'aurez compris, tourne autour des crêpes (sucrées et salées) et des gaufres belges.  Ok, c'est un peu plus cher (3-10$ le plat), mais chez nous on paierait le double pour des trucs de cet acabit-là! Mémé et moi on a mangé deux énormes gaufres au caramel et crème fouettée, alors que Natalia a commandé une coupe glacée qui venait dans une énorme coupe (que Mémé s'est fait un plaisir de terminer quand Natalia n'a plus eu faim)! Avec le froid qu'il faisait dehors avec le soir tombé et la pluie, l'endroit était des plus confortables avec sa belle ambiance et sa comfort food!

On a quittés Natalia après cette super journée (encore merci pour tout si tu nous lis, muchas gracias por todo, fue un encanto total hacer este recorido contigo!) et on a pris un minibus vers le centre pour revenir chez Catherine. On a débarqué plus loin que prévu parce qu'il n'allait pas à la bonne place finalement, mais encore une fois tout le monde nous a aidé. On  marché un bout puis, au moment de monter une rue où il n'y avait personne, on s'est informés à un garde de sécurité. Il nous a dit que cette rue-là était dangereuse et qu'on avait de bonnes chances de se faire voler si on y allait (!!!) et qu'on était mieux de prendre la rue suivante parce qu'elle était plus sécuritaire! C'était quand même assez glauque et on était bien contents d'arriver à l'avenue principale de La Macarena! En revenant, on a jasé un bon moment avec Catherine et ses colocs, puis on s'est couchés.

Le matin suivant était consacré à des tâches bureaucratiques... On a donc été imprimer nos cartes d'embarquement pour le vol qu'on prenait dans la journée, on a fait un ultime backup de nos photos et, pendant qu'on y était, on a scanné notre visa brésilien et nos certificats de vaccination contre la fièvre jaune. Puis, on a enfin réussi à envoyer nos cartes postales qu'on traînait depuis la Bolivie à un prix raisonnable!! Vous êtes quelques chanceux qui recevrez donc bientôt une carte postale, si ce n'est déjà fait! En revenant, on a acheté des fruits et des empanadas puis on est revenus finaliser nos sacs chez Catherine. On lui a laissé certains trucs de nos sacs (les guides dont on ne se servait plus, nos sleeping  bags, etc.) parce que son chum qui venait la semaine suivante allait pouvoir les ramener dans ses valises et qu'on allait en conséquence être délestés d'un gros poids!! Merci encore Catherine! On a fait nos adieux puis on est partis prendre le bus rapide (le TransMilenio) vers l'aéroport. Trouver la station fut looooong mais on a finalement réussi! Le TransMilenio est vraiment moderne et efficace, tout à fait comme à Lima!  Dans le trajet, on a parlé à un étudiant colombien timide qui semblait bien amusé par le fait qu'on mangeait des bâtonnets de carotte!

Rendus à l'aéroport tout neuf de Bogota, on n'arrivait pas à trouver où embarquer jusqu'à ce qu'on nous dise de marcher jusqu'à l'ancien terminal, moche à souhait. L'employée souriante de notre compagnie aérienne (COPA) nous a épatés en nous disant quelques mots en français, on a enregistré nos bagages puis on est partis dîner. Il y avait un Crepes & Waffles dans le terminal alors on a pas pu résister! Alors que je prenais une crêpe salée à la mexicaine, Mémé s'est gâtée en prenant 2 crêpes sucrées bien cochonnes! Puis, à l'heure de l'embarquement, on a passé la sécurité dans notre propre check-up de sécurité privée pour COPA alors que tout le monde passait par le chemin normal (?) puis on a attendu notre avion pour Leticia pour un vol sans histoires...

Leticia et l'Amazone pour plus tard! À bientôt!

dimanche 3 novembre 2013

San Gil et Barichara


Salut, c'est Mémé!

Le trajet depuis Santa Marta a été plus long que prévu et on est arrivés dans le village de San Gil vers 11:00 du matin. Pendant que François se soulageait aux toilettes, j'ai pu me lier d'amitié avec une petite famille colombienne dont les enfants étaient trop choux! Puis on est allés magasiner les billets de bus vers Bogota pour le soir-même. Comme vous l'a dit François, on était à la fin de la semaine de relâche, c'est-à-dire le pire moment pour acheter des billets... Il ne restait plus de places dans notre compagnie fétiche (la meilleure du nord de Colombie, quasiment au même prix que les autres) et le prix des billets était le double du prix de la basse saison... En plus, on était partis de Santa Marta avec très peu d'argent parce qu'on ne voulait pas en sortir juste avant de partir et faire une nuit de bus avec des centaines de dollars sur nous... Comme Murphy nous accompagne souvent, la compagnie de bus à San Gil n'acceptait pas les cartes de crédit et il n'y avait pas de guichet dans le terminal de bus. On a donc réservé des sièges en promettant de revenir après qu'ont soit allés au centre-ville retirer de l'argent. On s'est rendus en bus vers le centre, nous faisant un peu visiter le village qui est tranquille et assez mignon! On est descendus près de la place centrale couverte d'arbres et donnant sur une magnifique église. On a dîné quelques rues plus loin dans un bon petit resto où était diffusé le téléjournal national. À écouter les nouvelles colombiennes, on dirait qu'il se passe toujours des drames, des meurtres, des captures de fugitifs, des attentats...

On a attendu l'autobus pour la gare pendant un certain temps, nous permettant d'analyser en quoi consiste le travail desomniprésents policiers qui passent leur journée à s'assurer que tout va bien dans leur secteur: reluquer les filles qui passent à côté haha! On a payé les billets pour Bogota puis on a attendu le bus vers Barichara, un petit village colonial 30 minutes plus loin, supposément le joli de Colombie. C'est vraiment un village mignon qui, contrairement aux grandes villes dont uniquement la vieille ville est coloniale, est entièrement construit de façon coloniale. Les rues sont en vieilles pierres, les murs des maisons sont blancs, il y a des balcons ou des poutres de bois, les toits sont en tuiles de terre cuite... Bref, c'est super cute! Il y a (bien sûr) une place centrale, avec une cathédrale qui semble trop grande et imposante pour les besoins d'un petit village. On a monté vers le haut de la ville sur une espèce de mirador qui donnait d'un côté sur l'ensemble du village et de l'autre sur une vallée verdoyante. Il y avait aussi un petit parc avec des sculptures en pierre (une spécialité régionale paraît-il). Après, on s'est rendus vers une autre église puis on a déambulé un bon moment à travers les petites rues. On est allés dans un petit café où j'ai pris un café glacé et où François a goûté à une bière d'une des rares microbrasseries qu'on ait croisé(es??????): la Bogota Beer Company (BBC). La preuve qu'on est dans un pays (et un continent...) sans tradition de bonnes bières: ils l'ont servie à température pièce et avec un verre plein de glaçons à côté! Comme l'heure du dernier bus vers San Gil approchait, on s'est rendus au bureau de la compagnie pour acheter les billets. Là c'était le branle-bas de combat, tous les vacanciers qui étaient dans le village voulaient revenir avec le dernier bus mais il n'y avait plus de places, tout le monde criait à l'employée qu'ils devaient absolument revenir à San Gil ce soir-là... La fille complètement dépassée par la situation a finalement commandé un nouvel autobus pour plus tard dans la soirée et on a acheté nos billets pour être sûrs d'avoir une place (cette fois, ce fut au tour de François d'être rebaptisé "Rosua" sur les billets de bus!)En attendant, on s'est dit qu'on pourrait aller prendre une entrée dans un restaurant légendaire qui apprêterait à merveille la spécialité de la région, les "fourmis à gros derrière" grillées. On a (malheusement ou pas) jamais trouvé ledit resto alors a passé le temps en mangeant un empanada dans un café et en profitant de leur sélection de magasines. On est revenus un peu d'avance à l'arrêt d'autobus et c'était encore la folie parce que tout le monde voulait entrer dans le bus. Au final, tous sont rentrés mais j'ai passé tout le trajet avec une madame qui était pratiquement assise sur mes genoux!

Au centre-ville de San Gil, on s'est dirigés vers un resto de gringos (toujours avec le plan de faire plus souvent des beaux restos et diminuer mon homesickness), où l'ambiance était vraiment bien et où on nous a servi des hamburgers taille USA. On a profité du wifi pour faire quelques courriels, on a mangé un brownie décadent puis on est partis vers le terminal en taxi. Alors qu'on mettait nos sacs dans la soute, le chauffeur a pris François à partie et lui a dit sous le ton de la confidence: "la dame avant toi m'a dit qu'elle avait le siège 9 mais j'ai vérifié et c'était le 22. Tse ça se fait pas changer de siège, qu'est-ce que t'en penses toi?" Semblant satisfait que François ait l'air du même avis, le bus est parti vers la capitale!