jeudi 21 novembre 2013

Parbo, prise 2

Goedemorgen!

C'est toujours François au clavier! Bien qu'on ait échoué dans un Paramaribo quasi-désert à notre arrivée de Brownsberg (c'était dimanche), on a tout de même trouvé un stand de nouilles indonésiennes ouvert près du marché, ce qui a satisfait notre grosse dent pour le midi... Ensuite, on est revenus à l'hostel qui, cette fois, avait effectivement une chambre pour nous (ç'aurait bien été un comble, pour une fois qu'on réserve d'avance!).

Pour l'après-midi de ma journée de fête, on s'est faits un beau cadeau... on a planifié notre séjour en Guyane française! Bon, c'était quand même plaisant, devant (et dans) la piscine de l'auberge! C'était le grand luxe après la jungle! En fait, comme je vous ai expliqué un peu dans l'entrée précédente, on commençait vraiment à stresser pour la Guyane française, parce que si on voulait la traverser pour un coût et un temps acceptable, il fallait prévoir bien d'avance nos déplacements! Également problématique était le fait qu'après la Guyane française, il fallait passer au Brésil et au moins atteindre Belem, d'où on comptait prendre l'avion pour Rio de Janeiro (oui, on a décidé de couper à travers le Brésil, pour des raisons de temps et d'argent... Le nord-est du Brésil sera pour une prochaine fois!). Or, il faut idéalement réserver quelques jours ou semaines d'avance les billets pour bénéficier d'un prix non-prohibitif. Mais pour réserver, il nous faut une date précise, chose fort complexe quand on voyage en sac à dos! En planifiant notre itinéraire des 2 prochaines semaines, on s'est rendus compte que c'était rigoureusement impossible d'arrêter une date parce que:

1- Étant donné le caractère aléatoire de la fréquence des transports en Guyane française (et l'absence d'horaire digne de ce nom), il fallait s'attendre à des délais dans le pays, ce qui rendait impossible le calcul exact du nombre de jours où on resterait là-bas;
2- La route de la frontière franco-guyanaise à la grosse ville la plus proche au Brésil (Macapa) est une piste semi-pavée dans la jungle. Notre guide peu à jour indiquait qu'on pouvait mettre de 18 à 24 heures à la faire en bus, alors que des infos glanées sur des forums sur Internet nous présentaient des temps oscillant entre 8 et 10h de route. Puisque c'est une route pourrie, et compte tenu de l'imprévisibilité du climat (les pluies peuvent inonder les routes), il fallait aussi s'attendre à des délais. Bref, impossible de calculer là aussi le temps précis pour se rendre à Macapa!;
3- Comme si ce n'était pas assez, une fois à Macapa il faut prendre un bateau (temps de traversée: 24h) pour traverser l'Amazone pour se rendre à Belem (outre l'avion, c'est le seul moyen: il n'y a aucun pont). Or, notre guide indiquait qu'il y avait des bateaux 3 fois par semaine! Il fallait donc idéalement "timer" notre arrivée à Macapa avec le départ des bateaux... Encore là, le guide étant vieux de 2010, impossible de savoir si les dates étaient toujours valides aujourd'hui... Et bien sûr, il n'existe aucun site officiel recensant l'horaire de ces bateaux, et les forums se contredisent tous sur Internet...

Si vous avez bien suivi, il restait donc deux possibilités pour nos billets d'avion: soit on achetait en se mettant beaucoup de lousse (et on risquait de passer une semaine et demie à ne rien faire à Belem dans l'éventualité où il n'y avait eu aucun délai dans nos déplacements), soit on achetait nos billets dès qu'on saurait quelles seraient nos dates possibles... ce qui voulait dire au plus tôt à notre arrivée à Macapa! Au revoir les bons prix, donc...

Après un après-midi de paperasseries, donc, on a quand même décidé de souligner mon anniversaire en allant souper dans un bon resto de la capitale! On a donc mangé aux chandelles sur la terrasse de De Waag, un excellent Italien situé dans une vieille maison sur la rive de la rivière Suriname... En revenant à l'hostel, on est passé devant la place centrale au nom imprononçable (Onafhankelijkheidsplein: répétez ça 3 fois sans vous tromper!). On a constaté que les travaux de construction de l'immense chandelle pour le festival hindou étaient maintenant terminés, et il y avait maintenant plusieurs Indo-surinamiens qui chillaient, assis dans leurs chaises en plastique, en regardant brûler le lampion géant!

Le lendemain avant-midi, pendant que Mémé faisait du lavage, je suis passé à la banque où on avait fait un retrait quelques jours plus tôt pour voir s'ils n'avaient pas trouvé par hasard la carte de crédit de Mémé... En effet, dans notre hâte de partir à Brownsberg, Mémé avait réalisé au moment de faire les sacs qu'elle n'arrivait plus à trouver sa carte de crédit... Une fouille de nos sacs et des endroits les plus plausibles où elle pourrait être n'ayant rien donné, on commençait à croire qu'on avait dû la perdre quelque part, à notre grand désarroi. La banque (la RBC, vous saviez que la Royal Bank of Canada a des succursales au Suriname? Et c'est pas une joke!) ayant exigé que Mémé se présente en personne, on est donc revenus ensemble seulement pour se faire dire qu'ils n'avaient rien trouvé. Déçus, on est allés manger pour faire passer la mauvaise nouvelle. On vous avait parlé des rotis, ces genres de crêpes épaisses dont on fait des wraps au poulet au curry,  quand on était au Guyana: eh bien, c'est aussi très commun au Surinam. Et c'est bon!! La seule affaire, c'est que c'est pas trop clair comment on doit manger ça... Au resto où on était à Parbo en tout cas (ça s'appelle Roopram, et c'est une chaîne populaire qui ne sert que des rotis), ils te servent la crêpe à plat, sur une assiette recouverte d'une pellicule plastique, avec une tonne de poulet au curry par-dessus. Comme il y a des os dans le poulet, manger ça en wrap n'est pas une solution très intelligente, et il n'y a pas d'ustensiles non plus. Et aucun client ne mangeait pendant qu'on était là: impossible de copier leur technique! Bref, on a donc tout mangé les mains dans la sauce, en s'en mettant partout! C'était bien bon mais salissant! Comme il y avait un lavabo géant en plein milieu du resto pour se laver les mains, on s'est dit que c'était  peut-être la manière de faire... En tout cas...

Notre repas n'a pas réussi à chasser la morosité de Mémé, qui a ensuite voulu aller prendre une crême glacée pour tenter de chasser la dépression causée par la perte anticipée de la carte de crédit. Attablée devant son cornet, Mémé a soudain eu une illumination: peut-être que la carte était tombée au fond de la profonde pochette secrète de son backpack, là où on laisse parfois nos documents importants? Comme de fait, de retour à l'hostel, la carte de crédit s'y trouvait bien!! Ouf!!

C'est le coeur bien plus léger qu'on s'est ensuite mis en route pour explorer Paramaribo plus en profondeur. Avant toute chose, néanmoins, il fallait s'informer sur le moyen de se rendre le lendemain à Albina, un petit village d'où on devait traverser pour entrer en Guyane française. Un saut à l'information touristique nous a appris qu'il existait deux méthodes pour se rendre: avec des minibus privés (chers mais fréquents et rapides) ou avec l'autobus subventionnée par le gouvernement (ridiculement peu cher, mais peu fréquents et plus lents). Au marché, différents chauffeurs nous ont confirmé (et en français, en plus!) les infos reçues sur les minibus privés, alors on s'est plutôt dit qu'on partirait avec l'autobus du gouvernement. Au bureau de vente de billets, on nous a dit qu'il était impossible de réserver d'avance: il fallait revenir le lendemain matin très tôt (5h30) pour avoir un numéro donnant droit à un billet pour le seul bus de l'avant-midi!

Par la suite, on est allés visiter le petit "quartier" du vieux-fort de Parbo (malheureusement fermé lors de notre passage). On trouve à cet endroit les plus belles demeures coloniales de la ville, le tout sis dans une jolie rue en terre ceinturée d'arbres, c'est bien beau! À côté se trouvait une grosse sculpture "I love Su", le slogan du Surinam pour le tourisme, et on a était faire nos touristes gagas en prenants plein de photos avec ledit monument... En face se trouvait ce qu'un panneau annonçait fièrement comme étant "le seul parc public de Paramaribo": une grande étendue pleine de palmiers (et aussi d'iguanes géants verts détalant dans l'herbe). Notre visite de Parbo nous a ensuite menés à la cathédrale. Toute en bois comme à Geaorgetown mais toute peinte en jaune et bleu, elle était vraiment époustouflante, l'une des plus belles que j'aie vu en voyage! On a pas osé visiter tout l'intérieur en détail parce qu'on y tenait précisément à ce moment-là les funérailles de quelqu'un qui paraissait important, même si le gardien de sécurité nous disait de nous promener comme si de rien n'était...

Après un passage à l'épicerie (où j'ai reçu un tas de chocolat et de biscuits comme cadeau de fête, merci Mémé!), on a continué notre tour de ville jusqu'à ce qu'on tombe par hasard sur un magasin qui vendait des chemises. Je sais pas si on vous l'avait dit, mais j'avais une entrevue deux jours plus tard par Skype en vue d'un stage, et on s'était dit que ça ferait un peu ti-coune de la faire en t-shirt... On avait par contre pas réussi à trouver de chemises à un prix correct et on a avait donc laissé tomber, jusqu'à ce que cette boutique providentielle apparaisse! Au moment de payer, on a eu cette fois vraiment l'air ti-coune quand on s'est rendus compte qu'on n'avait pas assez d'argent comptant sur nous et qu'on avait laissé la carte de crédit à l'hôtel. Le patron, un immense Libano-surinamien à l'air patibulaire, nous a averti qu'il fermait dans 10 minutes et n'avait vraiment pas l'air de vouloir attendre qu'on revienne avec l'argent... De mauvaise grâce, il m'a dit qu'il attendrait jusqu'à 17h05 au plus tard et j'ai donc couru aller-retour les 10 coins de rue jusqu'à l'hostel! Finalement, je suis arrivé à temps et on a eu la précieuse chemise! Après cet épisode, on a continué notre marche en passant devant une bizarrerie de Parbo: la grande mosquée de la ville est directement voisine de la grande synagogue, et tout le monde s'entend apparemment bien! Comme quoi Israéliens et Palestiniens devraient s'inspirer de leurs coreligionnaires surinamiens pour en arriver à la paix!

De retour au riverfront (existe-t-il une traduction française de cette expression? "Bord de rivière" m'apparaît plutôt moche...), on a mangé des kipkroketten (de la pâte frite fourrée au poulet et légumes en purée) bien hollandaise tout en jasant longuement avec une Néerlandaise bien gentille qui venait de passer 1 mois au Surinam et était tombée en amour avec l'endroit! De retour à l'auberge, on a relaxé et piqué une tête dans la piscine, avant de partir souper sur une terrasse bien agréable dans le "quartier des bars" de Parbo (i.e. 2 coins de rue). En revenant, on a fait semblant de vouloir voir la carte (naturellement hors de prix) du resto qui occupe maintenant l'intérieur du vieux-fort, ce qui nous a permis d'admirer gratuitement le fortin habituellement fermé aux touristes (sauf à ceux qui mangent)!

En se couchant pour notre dernière nuit au Surinam, on s'est dits qu'on était tristes de quitter le pays le lendemain... On le répète: allez-y, ça vaut la peine!

La Guyane française vous attend dans notre prochaine entrée de blog!! À tout de suite!

dimanche 17 novembre 2013

Aperçu de Paramaribo + Brownsberg

Salut, c'est François!

Une fois les douanes surinamiennes passées, on a rejoint "Johnny", le chauffeur avec qui on continuait vers Paramaribo, la capitale du pays. On a fait à peine quelques kilomètres sur la route qu'on s'est rendus compte qu'ici, tout semblait mieux qu'au Guyana! Pas (ou presque pas) de déchets sur le bord des routes (bien meilleures d'ailleurs qu'au Guyana) des villages moins pauvres (ou, du moins, mieux tenus)... Bref, une atmosphère bien moins désespérée que celle sévissant chez les voisins anglophones! On s'est aussi rendus compte qu'ici, c'était en néerlandais que ça se passait! Les dos d'âne devenaient ainsi des "drempel", auxquels la circulation devait faire attention ("let op!"), etc.!

Après un arrêt au resto où on a pu goûter aux délices de la cuisine javanaise du Surinam (nouilles épicées au poulet grillé avec concombres, miam!.... sommes-nous toujours en Amérique du Sud, ou avons-nous été téléportés en Asie?), on a continué notre route à travers un paysage qui, malgré les différences de végétation, ressemblait étrangement aux Pays-Bas, avec ses champs plats traversés de canaux sis entre des petits villages! La minivan s'est ensuite rangée sur le côté pour que des passagers négocient le prix de poissons pêchés , mais finalement les pêcheurs vendaient apparemment leur prise trop chère alors ils n'ont pas fait de vente. On est par la suite passés à un checkpoint policier (on ne nous a jamais autant contrôlé nos papiers que dans les Guyanes, la seule autre comparaison c'est l'Ouzbékistan, c'est vous dire). On a aussi fait un arrêt pour qu'une vieille dame dans l'autobus puisse acheter ce qu'on pensait être un ballot d'herbes séchées, jusqu'à ce qu'elle nous fasse comprendre qu'elle était maintenant l'heureuse propriétaire d'un nouveau balai! J'ai acheté de l'eau de marque "I love Surinam" et, enfin, à un certain point, on a changé de chauffeur: on a laissés Johnny pour un monsieur bien grassouillet qui a par la suite reconduit tout le monde un par un dans la banlieue de Paramaribo. Au moment de reconduire une vieille dame dans son hôtel dans des rues étroites, le chauffeur a accroché un câble qui a sectionné net son miroir gauche! On a aperçu le miroir effectuer un long vol plané pour terminer gracieusement sa course dans un fossé rempli d'eau boueuse... Alors que le chauffeur sortait pour constater les dégâts, sifflait comme un épais et cherchait le p'tit piton "reset" (François Pérusse, sort de ce corps!), le miroir flottait calmement dans la mare d'à côté comme pour le narguer! En plus, tout ça était arrivé pour rien parce que finalement le chauffeur avait mal compris et c'était pas le bon hôtel!  C'était très drôle en tout cas!!

On ne vous mentira pas en vous disant que dès notre arrivée à Paramaribo (ou plutôt à "Parbo" comme on dit là-bas), on est tombés sous le charme de ce qui est à notre avis la capitale la plus coquette d'Amérique du Sud! Située sur le bord de la rivière Suriname, la vieille ville est un joli assortiment de vieilles demeures coloniales hollandaises en bois, peintes en noir et blanc. Avec un beau riverfront, un vieux fort, des bâtiments coloniaux magnifiquement restaurés, des habitants des plus gentils, une atmosphère paisible de petite ville et une cuisine diversifiée et délicieuse, impossible de ne pas aimer d'emblée la jolie capitale du Surinam! Et quel contraste quand on compare avec Georgetown!

Le chauffeur nous a laissé devant l'hostel qu'on avait choisi et que recommandait chaudement le Lonely Planet. Et pour cause: l'endroit était décidément magnifique, dans une vieille maison coloniale au centre historique de la ville, avec non seulement de belles chambres mais aussi, ô merveille pour des backpackers peu habitués au luxe, une belle piscine! Le paradis pour un prix bien raisonnable! Pour votre info, c'est l'auberge Albergo Alberga! Sauf que la réceptionniste nous a d'abord dit que tout était plein... avant de se raviser en nous disant qu'elle aurait une chambre double pour nous, mais seulement pour une nuit. "Après, c'est complet complet pour les deux prochains jours mais vous verrez demain matin si quelque chose se libère" nous a-t-elle avertis, une mise en garde qu'on a peu considéré étant donné qu'on peut toujours s'arranger d'habitude...

Après le premier d'une longue série de plongeons dans la piscine (enfin, façon de parler, je plonge comme un pied et la piscine devait de toute manière avoir un mètre de profondeur) on avait faim alors on a parcouru la ville à la recherche d'un resto. On a finalement échoué dans un comptoir en plein air sur le bord de la rivière où on a dégusté du riz au poulet javanais avec un rouleau aux légumes, servis par la cuisinière la plus gentille du monde! Au Surinam, les gens sont d'emblée sympathiques avec les touristes, et c'est encore un gros contraste avec la réalité qui prévaut au Guyana! En revenant à l'hôtel, on est passés dans la grande place où il y avait différents stands à thématique indienne et un "band" qui chantait "Hare Krishna"! Des hommes s'affairaient aussi à construire une immense chandelle (sérieux, elle devait avoir 2m de haut par 3m de large)! On a fini par savoir que c'était pour la Fête de la lumière (Dhivali), une fête hindoue où tout le monde doit éclairer son logis (et la ville) en l'honneur d'une divinité. C'est ça aussi, le Surinam: ils ont beau n'être que 500 000 dans tout le pays (soit autant que la seule ville de Québec), il y a une extraordinaire diversité ethnique dans le pays! On y trouve des descendants d'Hollandais, des Noirs descendants d'esclaves (qu'on appelle ici les Bushneggés), des Indiens, des Chinois, des Javanais... tous venus du temps de la colonie néerlandaise! Ça fait un brassage culturel (et culinaire) très intéressant: on se sent tour à tour en Hollande, en Inde, en Chine, en Indonésie ou encore en Afrique en voyageant un tant soit peu dans ce minuscule État, mais rarement en Amérique du Sud! J'ai aussi goûté à l'omniprésente bière Parbo. Verdict: un goût étrangement près de celui de la Heineken, on ne peut pas renier ses origines haha! On s'est ensuite couchés dans notre lit moelleux...

Le lendemain, drame: il ne restait VRAIMENT aucune place dans l'hostel pour les 2 prochaines nuits. Pire: la réceptionniste nous a aussi avisé qu'elle avait appelé tous les hôtels de Paramaribo et qu'il ne restait de la place que dans des endroits super chers! Les responsables: les Franco-guyanais en vacances en raison de cette fête si célébrée qu'est la Toussaint! En effet, il parait que pour les habitants de Guyane française voisine, une longue fin de semaine n'égale qu'une chose: une virée à Paramaribo (on peut les comprendre, quand même, c'est vraiment une belle destination). À chaque fois, c'est la même chose: les hôtels sont pris d'assaut! Naturellement, on avait donc eu la malchance de tomber précisément dans la mauvaise fin de semaine!

Que faire, donc? On avait prévu de rester une autre journée à Parbo avant d'aller visiter un parc national dans le centre du pays, le parc national de Brownsberg. "Vous pouvez aller à Brownsberg aujourd'hui, dormir là-bas ce soir et demain, et revenir à l'hostel dans 3 jours, quand on aura de la place!" nous a proposé la réceptionniste. Sur papier, ça a l'air tout simple, non? Eh bien en pratique c'était pas mal plus compliqué à organiser! D'abord, on ne savait pas si on voulait aller si longtemps à Brownsberg. On s'est dit que ça dépendrait du prix du transport, du temps de transport, des possibilités de transport, du coût d'accès au parc, du coût de l'hébergement, des possibilités d'hébergement et ultimement de notre intérêt général pour le parc.... On se souvient que le guide de voyage qu'on a est très sommaire et n'est plus à jour: de toute manière, aucune de ces informations essentielles n'y figure. Seule solution: aller au bureau de Stinasu (le SÉPAQ du Surinam) situé à 15 minutes à pied au nord de la ville. Quelques réponses: oui, il y a de la place, le prix de l'hébergement et de l'accès est raisonnable, le parc a l'air d'une place intéressante à visiter. Quant au transport, peu d'infos, sauf que c'est 2h de route + 2h de marche pour se rendre sur le site: on doit donc partir au plus tard à 13h si on veut espérer arriver un peu avant la nuit (et il est 10h15, et on a rien fait encore). Ah, et on doit amener notre bouffe parce qu'il n'y a qu'un resto hors de prix sur place, ce qui veut dire faire une épicerie en plus à Parbo! Problème majeur: y a-t-il un transport pour se rendre à Brownsweg, le village d'où on marcherait ensuite vers Brownsberg? Dans un pays normal du Tiers-monde, il aurait suffit de se rendre à la gare de bus pour le savoir. Mais on est dans les Guyanes, et il n'y a pas vraiment de gare de bus, juste des dudes informels qui remplissent une van de monde et partent quand ils sont pleins! Y a-t-il des bus, combien ça coûte et quand partent-ils? Pour le savoir, il faut parler à un chauffeur... mais encore faut-il le trouver! Pour savoir d'où les minivans partent dans la ville, il faut aller au bureau d'information touristique! Une fois renseignés sur ce point, Mémé est partie faire nos sacs à l'hostel pendant que je prenais la direction du marché central, à 20 minutes de marche au sud de la ville. J'ai dû demander à une dizaine de personnes rôdant autour de minivans s'ils allaient à Brownsweg (contrairement à partout, dans les Guyanes, aucun chauffeur ne gueule sa destination aux passants, et comme leurs minivans n'indiquent pas  leur destination, trouver où elles vont quand on n'est pas du coin n'est pas chose aisée)... Finalement, au bout d'un quart d'heure, un chauffeur me fait poireauter avant que finalement son ami bien aimable arrive et me dise qu'il va à Brownsweg, qu'il part à 13h (il est 11h) et que ça coûte 50$ du Surinam par personne que j'arrive à négocier à 45$ parce qu'on est 2. Yes! Je reviens faire rapport à Mémé (à 11h15), qui trouve que c'est un peu short pour qu'on aille à Brownsberg aujourd'hui vu tout ce qu'il y a à faire avant 13h! Mais dans tous les cas, il faut évacuer la chambre, et on aurait nulle part où rester pour les prochains jours sans se ruiner... Peut-être le YMCA, à côté d'ici? Je pique une course pour voir que, bien qu'ils aient des chambres, elles sont vraiment overpriced pour ce que c'est (50$USD la chambre!?!?!) Cette fois, c'est décidé: on va à Brownsberg! Pendant que je laisse Mémé réorganiser les sacs, j'appelle Stinasu pour réserver. "Il faut le faire en personne monsieur mais vite, on ferme dans une demie-heure!" me répond-on! Je pique donc un sprint vers les bureaux de Stinasu, avec qui je booke les 2 nuits et j'acquitte les droits d'entrée. "Vous avez trouvé un transport pour aller au parc aujourd'hui, si tard?" me demande la préposée d'un air dubitatif... Mettons, oui... Je reviens à la course à l'hostel: il est 12h15. Dans le 10 minutes de jeu avant notre départ pour les minivans, on rencontre dans la salle à manger un jeune couple de Franco-guyanais super gentils, Ghislain et Marina, avec qui on fraternise rapidement. Ils nous laissent leurs coordonnées à Cayenne, au cas où... Puis, on marche rapidement vers les minivans. Mémé s'arrête pour faire une épicerie express, pendant que je retrouve notre chauffeur et lui confirme qu'on embarque bien avec lui. Mémé revient en courant avec nos essentielles provisions et s'installe dans l'auto pendant que je vais vite nous chercher de quoi diner au stand de nouilles tout près. De retour avec notre festin, on peut enfin relaxer dans la minivan. Il est 13h pile et, 10 minutes plus tard, on était partis pour Brownsweg.

Et il y a en qui disent que voyager, c'est relaxant!!!! Pffffff!!!

En tout cas, à défaut de nous rendre plus zens, ça nous apprend qu'on est rendus particulièrement efficaces en matière d'organisation face au chaos et au manque d'information! On maîtrise désormais pas mal mieux l'art de se retourner sur un 10 cent!

Les deux heures qui suivent ont été presque sans histoire à travers l'arrière-pays, si on exclut le fait qu'on ait dû arrêter peu avant Brownsweg pour changer un pneu crevé! C'est ironique, tout de même: un pneu crevé sur une belle route asphaltée, et aucun bris mécanique sur les centaines de kilomètres de routes pourries qu'on a emprunté depuis 3 mois et demi?!?! Enfin, on est arrivés à Brownsweg, une communauté Bushneggé située en pleine jungle et sans grand intérêt en soi. Le chauffeur a eu l'amabilité de nous déposer devant la route menant au parc et s'est bien assuré qu'on sache où prendre les bus quand on reviendrait vers Parbo. Il était15h15, et on s'est ensuite mis en route à pied sous le soleil cuisant pour faire les 13km qui nous séparaient de Brownsberg. On a peut-être marché une demie-heure en croisant piétons et voitures qui nous saluaient tous d'un sourire et d'un pouce en l'air, jusqu'à ce qu'une vieille voiture déglinguée s'arrête à notre hauteur. Au volant, un grand Noir avec des dreads:
- Vous allez où?
- À Brownsberg!
- Vous êtes sûrs? Avec cette chaleur et chargés comme vous êtes? C'est vraiment loin et en plus ça monte tout le long! Non, venez, embarquez, je vous y conduis!
- Euh... Et ce serait combien?
- Haha, non, non, rien, je travaille à Brownsberg, montez, c'est gratuit!

Et c'est comme ça qu'on a fait connaissance avec l'un des 4 travailleurs de la construction qui étaient en train de mettre la dernière touche à la belle route de terre qu'ils venaient de construire vers Brownsberg dans les derniers mois! Le gars était super gentil et, grâce à lui, on est arrivés tous frais et dispos à Brownsberg. Au moment même de notre arrivée, une pluie torrentielle s'est mise à tomber pendant toute l'heure qui a suivi! Franchement, compte tenu de la distance, de la dénivellation et des éléments, on aurait trouvé la marche vraiment pénible sans son intervention providentielle! On a commencé à installer nos hamacs dans l'abri pendant que le gars de la construction, décidément trop fin, insistait pour qu'on mange le plat de poulet, riz et bines qu'il avait cuisiné un peu plus tôt! On vous a dit qu'on adore le Surinam et ses extraordinaires habitants?

Quand la pluie a commencé à cesser, on en a profité pour explorer un peu le campement... et pour découvrir la vue magnifique qu'on avait de plusieurs points de vue! Brownsberg est en fait une petite montagne (500m d'altitude = plus frais et pas de moustiques) surplombant un magnifique réservoir parsemé de petites îles. Le campement se trouve en fait au sommet de la colline, et par quelques trouées aménagées on aperçoit le grand lac noyé dans la jungle! En plus, comme il venait de pleuvoir, il y avait de la brume accrochée partout à la forêt, ce qui donnait un air féérique au décor! Pour un paysage de forêt amazonienne, ça diffère grandement de ce qu'on a vu dans les environs de Leticia, où tout était plat et inondé... Ici, tout est vallonné et le sol est sec, et avec le lac je dirais même que c'était plus joli! En se baladant près des autres bâtiments, on a eu la surprise d'apercevoir un capibara sauvage! Imaginez un cochon d'Inde, format XXXL: vous avez devant vous le capibara, le plus gros rongeur de la planète! C'est un animal totalement inoffensif, avec un derrière dodu et plutôt drôle à regarder bondir partout! Au début, on pensait avoir vu quelque chose de rare, mais on s'est vite rendus compte qu'à Brownsberg, on trouvait des capibaras comme on trouve des écureuils chez nous!

En revenant, on s'est arrêtés au chalet principal prendre un thé-café offert gratuitement aux visiteurs (les Surinamiens savent recevoir!) et on a bavardé avec les quelques touristes qui dormaient aussi à Brownsberg. Vous vous demandez peut-être qui peut bien visiter un pays méconnu et difficile d'accès comme le Surinam? Essentiellement deux types de touristes: les Franco-Guyanais, comme je vous l'ai déjà mentionné, mais aussi (et surtout) les Néerlandais, qui ont le double avantage de parler la langue et d'avoir des connexions aériennes directes Paramaribo-Amsterdam! Pour l'instant, en tout cas, le Surinam demeure leur destination vacances pratiquement exclusive, un secret bien gardé qu'on ébruite ici parce que le Surinam mérite vraiment qu'on s'y arrête! Bref, on a jasé un bout avec deux touristes hollandais sympathiques avant de revenir à notre abri pour nous faire à manger (des vermicelles aux tomates et légumes, bravo à Mémé pour son ingéniosité pour nous dégotter une idée de repas en 2 minutes dans une épicerie où il n'y a rien!). Après le souper, on s'est préparés à aller dormir. Cette nuit-là, nous étions les seuls dans notre grand abri (les autres touristes dormaient dans des lodges plus onéreux), mais même si on dormait en hamac, c'était le grand luxe en comparaison avec nos nuits dans la jungle près de Leticia!

Question: vous voulez observer une grande quantité d'insectes variés, gros et petits, au sein du campement, où allez-vous? Une seule réponse: les toilettes à aire ouverte constamment éclairées du campement! Bien que propres (+ 100 points pour Stinasu), on se rend compte bien rapidement qu'il faut les partager avec bon nombre d'insectes y ayant élu domicile... Y figurent en bonne place le joli insecte-feuille, une bibitte inoffensive verte fluo qui ressemble à une grosse sauterelle mais en plus cute, la mante religieuse (des grosses là, 10-15 cm de long), les gros papillons de nuit, l'insecte-tige qui ressemble à un bout de bois, les gros insectes bruns qui se camouflent dans les feuilles, et aussi des milliers d'autres espèces plus petites... Durant notre séjour, on a aussi vu une genre de mygale de 10-15 cm de large (elle avait eu la vie dure, par contre, elle avait perdu 4 pattes sur 8) et surtout un immense scarabée orange et noir qui devait bien faire 20cm de long avec ses antennes (vu ses couleurs, par contre, je n'aurais pas mordu dedans)! Bref, Brownsberg vous propose donc aussi un super combo toilettes-insectarium pour le même prix!

Aussi bizarre que ça puisse paraitre d'emblée dans un environnement aussi chaud que la jungle (du moins dans l'imaginaire populaire), on a eu froid durant la nuit... Les responsables? L'humidité et le vent, qui refroidissent tout la nuit! Au matin, après avoir bien entendu les cris vaguement effrayants des singes hurleurs, on s'est ensuite fait réveillés par d'étranges caquètements, seulement pour constater que la pelouse était désormais complètement envahie par un troupeau de genre de dindes sauvages bleues et grises! Il y avait aussi plusieurs capibaras qui disparaissaient rapidement dans la forêt quand on s'approchait d'eux...

Une fois notre déjeûné avalé (après avoir somnolé un bon moment), on est partis explorer les sentiers du parc, assez bien indiqués et entretenus pour qu'on les fasse sans guide (+ 100 points de plus pour le Stinasu). Pour nous aider à nous repérer et pour nous introduire à Brownsberg, la Stinasu de Parbo nous avait laissé un beau dépliant. Probablement pour satisfaire les touristes de Guyane française, elle avait cru bon de le traduire en français. C'était un effort louable, mais il aurait peut-être valu embaucher des traducteurs plus compétents (ou des traducteurs tout court plutôt que d'utiliser Google Translate)! Voici les meilleures perles!

- Quand marchant un route, porte des chaussures forts
- Excepte jouir des vues magnifient de la lac, vous pouvez explorer avec un guide traînée.
- Laisser les animaux et les plantes seule. Tais toi et ne dérange pas les animaux
- C'est absolument interdit de collecter des flore, des faune
- Nous prenons notre route le plus naturelle. Ça veut dire que les arbres tombées souvent devraient tout-seules clarifiée pour compasser le passage.
- Cette route approprie pour le marche relaxant
- Le chute de Koemboe est appelée a le palm de koemboe de quelle les negros buisson a utilisée pour faire le boisson de koemboe. Ça goutte a la lait du chocolat
- La route s'accorde aussi, cette avec le "Rondwandeling". La route est presque horizontalement, tout-seule les 500 mètres derniers sont un petit peu excessif.
- Le part premier conduitez-vous au la route de Mazaroni, laquelle est extrêmement adéquat pour observer plusieurs oiseaux comme le Gonge et beaucoup d'oiseaux de fourmis.
- La descente de la chute de Mazaroni est court, mais excessif, alors soit prudent!

Notre exploration du sentier nous a amené vers 2 petites chutes situées sur le flanc de la montagne, dans un bien joli environnement tropical. Alors que la première était décidément la plus belle, la seconde avait un bassin bien agréable pour s'y tremper les pieds tout en pique-niquant! En marchant, on a croisé un nombre abusif de genre de petits iguanes bruns qui s'enfuient en courant dans les feuilles mortes à la moindre vibration du sol... À force d'en voir, ça déstresse un peu d'une éventuelle rencontre avec un serpent: on se dit d'emblée que ce qui fuit dans les feuilles est un lézard, et pas un serpent! On a aussi vu quelques capibaras (décidément!) (Mémé: vous trouvez que Franco vous parle trop de capibaras?? Je suis du même avis. Il a développé une passion pour eux, chaque fois qu'il en voyait il devenait gaga... C'est inquiétant...). De retour au campement après2h de marche, on a relaxé un peu en buvant un thé-café et en parlant à un couple de vieux Néerlandais. On a vedgé un peu près des hamacs et devant l'un des points de vue sur le lac en écoutant les singes hurleurs (on était surpris qu'ils crient aussi le jour, Mémé disait que c'était seulement la nuit et aux aurores). On a aussi jasé à un groupe de jeunes touristes franco-guyanais qui nous ont appris quelques choses essentielles sur la Guyane française, notre prochaine destination:
- Il n'y a pas de transport en commun, outre les taxis collectifs, lesquels sont peu fréquents et bien chers (crap pour le voyage backpack)
- Par contre, on peut faire du covoiturage en réservant sur Internet (yes!) mais ça tourne autour de 20 euros par personne pour une ride de 1h-2h (euh... ah?)
- Il n'y a pas d'hostels ni d'auberges de jeunesse (craaaap), et le tarif de base d'une chambre d'hôtel poche est de 60 euros la nuit (raaaah!)
- Par contre, on peut dormir en hamac pour environ 10 euros par nuit, parfois même en pleine ville. Et là aussi on peut s'organiser par Internet! (ouf, un peu d'air frais).

Malgré quelques nouvelles positives, on redoutait de plus en plus la Guyane française, qui s'annonçait comme un cauchemar logistique doublé d'une gouffre financier pour 2 backpackers à petit budget et sans voiture (ni permis pour en louer d'ailleurs, puisqu'on avait laissé le mien à Santiago)!

Vers la fin de l'après-midi, on a décidé d'aller vers le sommet de Brownsberg, une courte marche nous menant vers un promontoire rocheux d'où on a un magnifique panorama de 180 degrés sur le réservoir et la jungle tout autour. On est restés un bon moment à observer le paysage. Face à nous, à genre 100m à vol d'oiseau, il y avait un grand arbre dont les branches plus dénudées émergeaient  bien visibles, bien au-dessus de la canopée. On a soudain réalisé que quelque chose grimpait dans l'arbre! Après un petit moment, on a bien vu que non pas un mais 5 gros singes (dont 2 bébés) étaient en train de monter dans les branches de l'arbre! Franchement, on aurait jamais pu aussi bien les voir, et on avait le spectacle pour nous seuls! On a passé une bonne demie-heure, fascinés, à les regarder manger les feuilles et se déplacer de branche en branche, et c'est seulement quand ils sont descendus qu'on a émergé de notre rêverie... C'était vraiment un instant magique! Décidément, on a vraiment eu de la chance!

De retour au campement, Mémé a fait connaissance avec un autre travailleur de la construction qui partageait notre abri pour la nuit. Il était bien gentil mais ne baragouinait qu'un peu l'anglais, ce qui ne l'a pas empêché de nous jaser tout le long de la soirée dans ce qui ressemblait à un mélange d'hindi et de néerlandais, avec de temps à autres quelques mots d'anglais... Pour ma part, je l'avais déjà rencontré au cours de l'après-midi, quand je l'avais vu chasser une souris de jungle du campement (vous auriez dû voir la bestiole, elle était plutôt bizarre: un animal gros comme un rat mais brun pâle, parfaitement immobile entre deux poutres du plafond, et qui fixait froidement tout ce qui passait au sol avec ses yeux rouges globuleux!) Bref, on a parlé de tout et de rien avec notre nouvel ami (entre autres, du prix des maisons au Surinam), il nous a montré des trucs sur son cellulaire, a voulu m'acheter sérieusement le mien (alors que c'est une dompe de premier choix).... Il avait aussi été chef cuisinier et nous a aussi offert son plat de poulet, riz et bines au piment qu'il venait de cuisiner: il était tout content qu'on aime ça (c'était en fait vraiment bon) et a vraiment insisté pour qu'on en reprenne jusqu'à plus faim! On s'est ensuite couchés, et on a eu un peu moins froid que la nuit dernière...

On s'est levés vers 6h avec les premiers rayons du soleil et le concert de singes hurleurs. Pour ma fête (on était le 3 novembre!), on a été déjeuner avec la vue sur le lever du soleil sur le lac et la jungle embrumés: c'était magnifique! Puis, on a fait nos sacs, on a salué notre ami cuisinier-cantonnier et on s'est mis en marche le long de la route pour revenir à Brownsweg. On avait adoré notre passage à Brownsberg, et on vous recommande définitivement d'aller visiter ce parc si vous allez au Surinam! On a bien marché sur la route dans la fraîcheur relative du petit matin, et 2h30 plus tard on était au village de Brownsweg. Sur place, on a attendu longtemps dans un minivan vide que d'autres personnes arrivent pour qu'on puisse enfin partir vers Paramaribo, et finalement on s'est entassés dans une autre parce que l'attente avait été décidément trop longue! Un peu avant, j'avais été au dépanneur du coin acheter des provisions pour le moral déclinant de Mémé et j'ai trouvé les meilleurs biscuits aux pépites arc-en-ciel qui existent sur terre, si on se fie aux expressions d'extase qui se lisaient sur le visage du gros bébé qui a constamment faim qui me sert de blonde!

Le retour fut tranquille mais lent, parce qu'on est allés reconduire tout le monde en banlieue. Enfin, devant une station service sur le bord de la route menant à Parbo, mais située hors de la ville en soi, le chauffeur a annoncé que c'était ici que tout le monde descendait. On a descendu en nous maudissant intérieurement de ne pas avoir demandé plus clairement au chauffeur où il nous déposait à Parbo (c'était donc pour ça que c'était moins cher) et on a cherché en pestant un moyen de revenir en ville... On a finalement trouvé un bus public après avoir demandé à tous les employés de la station service, et on est débarqués dans une capitale complètement morte... parce que devinez quoi: c'était dimanche!!

Parbo continue dans la prochaine entrée! À bientôt!

samedi 16 novembre 2013

Georgetown


Hello! C'est encore MP qui écrit!

Le minivan de Lethem nous a laissé au centre de Georgetown, en milieu d'après-midi. Puis, on est partis à la recherche d'un hostel. Ce ne fut pas facile! Comme je vous ai dit, le guide qu'on a n'est plus à jour donc l'hotel qu'on visait (bien et pas cher) avait fermé. Il y a aussi la question de la sécurité. Voici ce qu'en dit le Lonely Planet: "Georgetown is dangerous. Period."! On a rarement lu quelque chose d'aussi catégorique sur la sécurité! Souvent en Amérique du Sud il y a des quartiers d'une ville qu'il faut à tout prix éviter à cause de la criminalité, he bien Georgetown c'est ces quartiers-là à la grandeur de la ville haha! Disons qu'on anticipait pas mal notre venue... Mais comme c'était notre seule porte d'entrée possible dans les Guyanes, on s'est dit qu'on irait en redoublant d'efforts côté sécurité. Donc en plus de chercher un hostel pas trop mal, on voulait s'assurer qu'on était dans un bon quartier. On a demandé à des gens dans un magasin mais ils ne nous ont pas rassurés et n'ont pas su nous indiquer un bon quartier. Après avoir visité tour à tour une pension glauque et un hotel magistralement overpriced, on s'est finalement rendus à une autre adresse du guide, où la proprio nous a dit qu'il n'y avait pas de problème de jour mais qu'il ne fallait pas aller plus loin que le coin de la rue le soir... Et surtout ne pas passer près de la "place de l'indépendance" à côté, un endroit qui n'a rien d'une place et tout d'un terrain vague abandonné... L'hôtel était dans une vieille maison (style bed and breakfast) et était assez bien! C'est juste après qu'on s'est rendus compte qu'une des fenêtres donnait directement sur la prison municipale!! On voyait très clairement les détenus dans les cellules et leur transfert menottés vers le fourgon de la prison! Il y devait y avoir une vingtaine de personnes qui passaient par là chaque jour! Un peu troublant quand même...

Après une douche salutaire (l'eau était rouge de poussière), on est allés manger dans un restaurant chinois au coin de la rue puis on s'est couchés tôt pour se reposer des derniers jours.

On s'est levés tôt le lendemain: on avait notre visa du Surinam à aller chercher. On est d'abord passés à la banque pour obtenir des $US vu qu'on avait utilisé à Lethem ceux qu'on gardait précieusement pour payer le visa... Un peu stressés de se promeneravec nos passeports et de l'argent, on s'est rendus à l'ambassade en taxi. Habillés comme des enfants de choeur (ils ne nous laissent pas entrer si on ne correspond pas à leur code vestimentaire!), on s'est fait refuser l'accès à l'ambassade par la garde de sécurité car il nous manquait une photocopie. On a donc marché dans les environs à la recherche d'une photocopieuse. Cette petite marche nous a confirmé l'impression qu'on avait depuis notre entrée au Guyana: les habitants sont loin d'être les plus sympathiques... Oui, on va bien vouloir t'indiquer la rue oùon veut aller, mais ce ne sera pas nécessairement avec un sourire! Il ne faut pas généraliser mais de manière générale les Guyanais sont les moins sympathiques d'Amérique du Sud...

Armés de nos photocopies, on est revenus à l'ambassade du Surinam qui ont accepté nos dossiers sans problème en nous demandant de revenir à 14:00. On est revenus vers le centre-ville en marchant. On s'est arrêtés dans un petit magasin pour boire un jus frais. Il ne restait que du jus de "sorrel", un fruit rouge vin intense qui goûte un peu comme la cerise!

Notre marche vers le centre nous a permis d'observer pour la première fois Georgetown.
- C'est pauvre.
- Il n'y a pas de trottoir la moitié du temps. Quand il y en a, il est tout détruit.
- Il y a des déchets partout. Partout. Ça a l'air sale.
- Les Hollandais (qui avaient le Guyana avant de le céder aux Anglais) ont construit des canaux dans chaque rue. Ils ne sont pas entretenus donc l'eau verdâtre pleine de déchets est stagnante. Ça sent vraiment mauvais!
- On voit des crapauds et des gros rats se promener dans la ville
- Plein de gens sont assis à ne rien faire et te regardent passer avec un air louche
- Les maisons sont décrépites. Certaines sont en ruines sur des terrains abandonnés
Bref, ça ne donne pas nécessairement une bonne impression!François n'a pas aimé Georgetown mais moi j'y ai malgré tout trouvé un certain charme! Peut-être parce qu'il n'y a aucun édifice plus haut que 3 étages, ça fait comme un gros village...!

On a débuté notre visite des attractions de la ville par la cathédrale. Il s'agit du plus gros (en date de 2010) édifice construit uniquement en bois au monde! Elle était super mignonne, surtout de l'intérieur: le contraste entre le bois foncé et les vitraux colorés était des plus jolis!

La population du Guyana se divise grossièrement en deux: les Noirs et les Indiens (d'Inde). Aucun blanc à l'horizon, on détonne! On se croyait sérieusement ailleurs qu'en Amérique du Sud, on aurait pu me dire que j'étais en Afrique et j'y aurais cru! Un des grands avantages (en plus d'être plus dépaysant que l'Amérique latine) est la variété de nourriture! Fini les bananes plantains et les bines, du moins pour 2 semaines dans les Guyanes! Justement, on est partis à la recherche d'un repas indien pour dîner. On s'est régalés de poulet au curry! En tout cas François s'est vraiment régalé pendant que de mon côté le piquant du plat m'achevait...Notre festin s'est terminé par un beigne maison dans une boulangerie!

Après, on a fait le pari de visiter toutes les autres attractions de la ville et de revenir à l'ambassade d'ici 14:00. Vu l'étendue de la "vieille-ville" de Georgetown, ça s'est fait sans problème! On a marché jusqu'à la mairie, une vieille maison victorienne vraiment belle mais qui aurait nettement besoin d'être retapée! La cour de justice était dans les rares bâtiments coloniaux de la ville a avoir eu droit à des rénovations... Les jolies maisons ne sont pas uniquement concentrées dans le centre-ville. Sans jamais y être allée, je dirais que ces maisons ressemblent à celles qu'on verrait dans le sud des États-Unis, avec des boiseries et des volets. Certaines sont aussi sur pilotis! Donc on a continué notre marche jusqu'à ce qu'on se rende au marché. L'architecture dudit marché était jolie mais c'était le chaos à l'extérieur! On y a fait un tour, qui s'est fini à un kiosque où un monsieur vendait des animaux (lapins, poules, singes...) dans des conditions que la PETA désapprouverait au plus haut point...!

On s'est dirigés en vitesse vers l'ambassade, où on a récupéré notre passeport et notre carte de touriste pour le Surinam le lendemain! Le déluge a commencé alors qu'on était sur le chemin du retour alors on est arrêtés boire un jus de "golden apple" (qui n'est pas une vraie pomme) dans un stand. Je suis décidément jalouse de la variété des fruits tropicaux! On a parlé longtemps avec la gentille proprio puis on a profité d'une éclaircie pour partir. Comme on avait pas mal tout vu de la ville et qu'on ne tenait pas à trop s'y attarder, on est revenus à l'hôtel pour faire une sieste. On s'est réveillés à l'heure du souper car on avait rendez-vous avec une Guyanaise que François avait rencontrée en Bolivie l'an passé. On l'a attendue à côté du canal fétide devant la maison et comme elle n'arrivait pas, on est allés voir si elle nous avait écrit. En effet, elle ne pourrait pas passer la soirée avec nous finalement. On est donc allés souper juste en face de l'hôtel dans un resto plutôt chic. On a pu goûter au "roti", une espèce de crèpe où on ajoute une garniture comme du poulet ou curry... On a passé une très belle soirée!

Le lendemain on était debouts à 3:30 pour attendre notre transport vers le Surinam. Après avoir rigolé dans notre barbe en voyant sortir de l'hôtel un gars et une "amie" très peu habillée, notre transport est arrivé. On a d'abord fait le tour de la ville pour aller chercher d'autres passagers puis on est arrêtés dans plein de petits villages. On y a pris deux familles de Chinois qui paraissaient trop heureux d'être dans le même autobus et n'ont pas cessé de hurler en mandarin, au plus grand plaisir de Franco qui pouvait pratiquer son oreille! L'autobus s'est arrêté pour une raison inexpliquée un peu avant la frontière et on en a profité pour changer ce qui nous restait de $ du Guyana. Le chauffeur du minivan nous a confirmé que le prix du traversier vers le Surinam était de 2000$ (10$ canadiens) alors on a changé tout ce qu'on avait sauf 4000$. En plus comme je venais juste de me réveiller, j'ai mal calculé et on a eu un mauvais taux...

Rendus au traversier, notre chauffeur nous a dit qu'on continuerait notre chemin vers Paramaribo avec "Johnny" (on avait payé pour le transport jusqu'à Parbo avec une agence).Personellement ce détail m'angoissait un peu parce que j'avais peur qu'on ne trouve jamais ce cher Johnny et qu'on doive payer à nouveau, ou sinon que Johnny ne croit pas qu'on avait déja payé du côté guyanais... Mais bon, on allait bien voir! Dans la file pour acheter les billets du traversier, on a parlé avec deux Français qui travaillaient en Guyane française et qui n'appréciaient pas du tout! On espérait secrètement que ce soit faux "parce que les Français chialent toujours" mais une personne sur deux jusqu'à ce moment-là ne semblait pas aimer l'endroit... On allait voir pour ça aussi!

Quand ça a été notre tour d'acheter nos billets, on a appris que c'était 2090$, pas 2000$... L'employé était ferme, pas question qu'il manque 40¢! François est donc partis dehors en courant pour ré-échanger des $ du Surinam en $ guyanais à un taux archi-pourri, pendant que tout le monde dans la file s'impatientait parce que ça les a retardé de 10 secondes au final. On a passé les douanes et c'est dans la salle d'attente du ferry que j'ai explosé. J'étais vraiment tannée:
- Tannée de croire sur parole ce que les gens nous disent. "C'est 2000$", il fait ce trajet-là chaque jour, je peux pas croire qu'il ne sache pas c'est quoi le vrai prix! Et j'aime 1000x mieux que quelqu'un avoue qu'il ne connait pas l'endroit où on veut aller plutôt que de nous envoyer n'importe où au hasard, ce qui arrive trop souvent!
- Tannée d'être vulnérable. En tant que touriste, tu dois faire confiance aux gens (indications routières, prix, salubrité des aliments...) mais c'est tellement fréquent qu'on te dise n'importe quoi que tu finis par douter de tout. Mais tu peux pas douter parce que tu as absolument besoin de l'aide des gens pour voyager! Et sombrer dans la paranoïa n'est pas génial pour l'ambiance...
- Tannée que les gens n'acceptent pas des autres ce qu'ils font constamment. Exemple: c'est arrivé un nombre incalculable de fois qu'un passager fasse attendre un autobus entier parce qu'il veut s'acheter du pain au coin de la rue ou parce qu'il veut saluer sa grand-mère vu qu'on passe devant chez elle. Je comprends pas que quelqu'un se sente assez important pour faire attendre 30 personnes parce qu'il doit s'acheter un paquet de cigarettes. Et ça chialait dans la file parce que François partait chercher de l'argent. Tu passeras pas plus vite si on a pas l'argent tsé...
- Etc. Etc.
Bref, une montée de lait généralisée, qui m'a fait sangloter pendant qu'on attendait le bateau... On en est venus à la conclusion que je vivais peut-être mon premier choc culturel depuis quelques semaines. Comme je suis plutôt (beaucoup) organisée dans la vie en général, j'ai l'impression que ma limite de tolérance pour la désorganisation en voyage a atteint sa limite après quelques mois... Chaque chose, même minime, peut me faire exploser parce que je suis vraiment écoeurée de toutes lesfaçons de faire boboches auxquelles on est confrontés chaque jour... Mais bon, maintenant ça va beaucoup mieux et quand c'est des situations trop complexes, je délègue à François (qui lui est toujours aussi vaillant)!

Dans le traversier, on a parlé à un couple franco-guyanais qui nous a conseillé de sortir rapidement du bateau parce que les douanes surinamiennes étaient vraiment lentes... On en a eu la preuve quand des policiers sont venus escorter la sortie du traversier pour que les gens ne se mettent pas à courrir pourarriver en premier... Malgré tout, on a dû se faire dépasser par le 3/4 du bateau! Les files dans les pays en voie de développement me donnent envie de déménager en Corée du Nord, là où on enverrait dans un camp de travail la personne qui oseraitdépasser dans une file. Vraiment. Un peu avant d'entrer dans l'édifice des douanes, un employé dispachait les gens qui pouvaient aller dans la file préférentielle. C'est maintenant le temps de vous présenter un moment de malaise:
- Officier des douanes: "Please, Miss, come here (dans la file préférentielle)"
- Madame: "Yes!?"
- Officier des douanes: "You're pregnant?"
- Madame: "No..."
La réaction ouvertement outrée de toutes les dames dans la file ont achevé le pauvre monsieur, qui s'est enfui en silence dans le bâtiment haha!

En effet, les douanes étaient lentes... À voir les ballons et les sandwichs-pas-de-croûte sur une table, il y avait une fête aux douanes, ce qui a transformé les formalités en un ramassis de n'importe quoi.
- Gars qui dit aux gens où aller: "hey mister, go to the left line"
- Moi qui me tasse en même temps que mon voisin vu que j'ai pas trop écouté
- Gars qui dit aux gens où aller: "Miss, are you a mister?"
- Moi ayant récemment changé de sexe: Euh, I think not!
- Gars qui dit aux gens où aller: "Let me see your passport to check if you're a mister." ... "You are so pretty, how can somebody think you're a mister!?"
- Gars qui tamponne le passeport: "I'm sure he called you mister, I would be mad if I were you..."
Puis lors de la fouille des bagages:
- François qui commence à ouvrir d'emblée son sac
- Douanier qui l'arrête dans sa hâte: "do you have ecstasy in your bag?"
- François complètement surpris: "Euuuuuuuuh, no of course!"
- Douanier qui se trouve drôle: "do you have nuclear weapons?"
- François aka Kim Jun Un: "no..."
- Douanier: "Ok! Then you can go"
C'était décidément les douaniers les moins sérieux qu'on aitjamais rencontrés...!

vendredi 15 novembre 2013

Boa Vista + Lethem


Bom dia!

Ce qu'on a le plus aimé de Boa Vista? Les voitures arrêtent aux passages à piétons. Vraiment, c'est ça notre coup de coeur. Vous êtes sûrs que vous voulez des détails sur cette mocheté architecturale du nord du Brésil? ... Ok, vous avez été prévenus!

Boa Vista (un arrêt obligé pour se rendre au Guyana) est une"ville planifiée". Ils l'ont construite à partir de rien au beau milieu de nulle part, pour en faire la capitale de l'état de Roraima. Malheureusement pour eux, construire une ville entière avec le style architectural des années 70 n'allait pas être synonyme de beauté quelques décennies plus tard... En arrivant le matin à Boa Vista, on avait comme plan de visiter un peu la ville puis de traverser la frontière du Guyana en après-midi. Au terminal de bus, on a réservé nos places pour l'autobus de 10:00 vers la frontière puis on s'est rendus en taxi collectif à la place centrale, la plus belle (la seule?) chose à voir dans la ville selon le Lonely Planet. Quand le chauffeur nous y a déposé, on s'est demandé si on était vraiment à la place centrale tellement ce qu'on avait devant nous était laid... Oui, il y avait un bout avec du gazon et des arbres qui était plutôt joli, mais après on tombe sur un gros anneau central en asphalte qui semble être comme une large rue au centre de la place... Au milieu il y a une statueen béton des plus hideuses. Au loin, on voit la cour suprême, exemple parfait de l'utilisation abusive de béton pour faire unimmeuble. À gauche se trouve la cathédrale, laide mais laide!: un édifice de béton aux allures futuristes... Ce qu'on voyait nous rappelait les pires affreusités soviétiques qu'on pouvait trouver dans les Stans... On a quand même eu du plaisir à Boa Vista à force de rire de la laideur omniprésente!

Après, on s'est dirigés vers "la rue mignonne de la ville", qui était finalement une allée entre deux artères staliniennes de 3 voies avec quelques pots de fleurs suspendus... Comme on avait pas mal fait toutes les attractions de la ville en 20 minutes, on est arrêtés dans un stand pour boire un jus de fruit de la passion (notre highlight de la ville!). On y a rencontré un petit garçon qui était bien content de pratiquer ses bases d'anglais avec nous, mais on a jamais compris son nom alors on l'apppelait Bob et ça le faisait bien rire! Puis, on s'est tranquillement dirigés vers l'arrêt de taxi collectif. On en a profité pour faire un tour sur le boardwalk devant une rivière tributaire de l'Amazone. La promenade de 30 mètres de long a un peu racheté Boa Vista: c'était plutôt joli avec la jungle dense et les plages de l'autre côté de la rivière, et, chose qu'on n'avait pas vu depuis longtemps, des petites montagnes au loin! On y est restés quelques moments pour profiter de la brise (et de la vue d'un itinérant qui se baignait tout nu à côté) puis on est revenus à la gare.

Après avoir abusé le plus longtemps possible de l'air climatisé du bureau de la compagnie d'autobus, on a attendu l'autobus vers Bonfim, le village frontière avec le Guyana, dans la salle d'attente du terminal. On s'y est fait aborder par un homme plutôt gentil mais visiblement pauvre qui a tenu à nous parler pendant vraiment longtemps. En plus d'être vraiment ardu parce qu'il faut se forcer à comprendre ce qu'il essaie de nous dire dans une autre langue (et il essayait de nous dire des mots en français...), on est toujours mal à l'aise parce que la conversation finit souvent par une demande pour qu'on donne de l'argent (ce qui est arrivé comme de fait...). L'autobus a fini par arriver et on s'est dirigés sans problème vers la frontière après un trajet sans histoire. Comme toujours, des taxis et des changeurs nous attendaient à la frontière. Une changeuse super gentille nous a conseillé de changer nos reals du côté brésilien pour avoir un meilleur taux mais comme on ne connaissait rien au taux, on a préféré attendre pour vérifier avant. Avec le recul, on aurait vraiment dû changer nos reals avant de passer au Guyana! Le moment où il faut changer de l'argent lorsqu'on change de pays est un des pires en ce qui a trait à l'organisation... Le but n'est pas d'avoir trop d'argent à changer parce qu'on perd toujours un peu (quoique ce n'est pas toujours vrai non plus, comme en Colombie avec les reals), donc dans les derniers jours dans un pays il faut essayer de calculer le montant exact à sortir au guichet. Le pire des scénarios est quand il nous manque finalement quelques dollars avant de passer la frontière et qu'il faut ressortir de l'argent en vitesse (et souvent un gros montant pour ne pas payer 10$ de frais pour un retrait de 20$...) Le mieux c'est quand on réussi par miracle à sortir avec quelques sous ou dollars, qu'on dépense en achetant de la gomme aux vendeurs près des douanes. Et tout ça est pire quand c'est une devise dont personne ne veut (genre les très recherchés dollars du Surinam)... Bref, c'est vraiment difficile à organiser si on ne veut pas perdre trop d'argent, mais on finit néanmoins par en perdre de toute façon et c'est toujours fâchant!!

On s'est dirigés vers les douanes brésiliennes, où un douanier aux cheveux longs blond platine frisés échappé tout droit des plages de surf d'Australie ou de Californie a étampé notre passeport sans nous accorder d'attention. On s'est renseignés sur la longueur du pont qui traverse la rivière entre les deux frontières pour savoir si on pouvait s'économiser 5$ de taxi.Après une réponse semi-positive, on a finalement décidé de braver le soleil de midi suffoquant! Après avoir traversé le pont (investissement récent du Brésil bien sûr, pas du Guyana), on a passé par un viaduc au milieu de nulle part dont l'unique but est de faire changer le sens de la conduite vu que les Guyanais (et les Surinamiens) conduisent du côté gauche. On est finalement arrivés aux douanes guyanaises. Et c'était du sérieux! Il faut d'abord aller dans un "poste de santé" pour voir notre preuve de vaccination pour la fièvre jaune (c'est le premier pays qui exige de la voir alors que tous sont censés nous la demander, et c'est le pays où on s'attendait le moins à devoir la fournir). Puis, deux officiers super bêtes nous posent des questions et "ne peuvent absolument pas nous laisser entrer si on n'indique pas l'adresse de l'hôtel où on va dormir sur notre formulaire d'entrée". On en a inscrit une au hasard puis on est passés par la fouille des sacs. Décidément sérieux pour un minuscule pays pauvre, dans un poste frontière reculé en plus...

On a continué à marcher vers le "centre-ville" de Lethem, la petite ville guyanaise collée sur la frontière. On s'attendait à ce que la ville et les environs soient bien jolis; on comptait y rester un peu. En effet, le sud du Guyana est étonamment fait de savanes! Pas tout à fait comme on voit dans les paysages d'Afrique mais semblable: de grandes plaines avec de petits buissons et de grands arbres dénudés (style baobab) de temps en temps. On voit aussi partout des tumulus gris d'environ 1m de haut: des termitières! Au loin, on voit quelques petites montagnes, bref c'est bien joli et ça change de la jungle! Avec la chaleur insupportable et l'absence complète d'ombre, la route de quelques km vers le village n'était pas des plus agréables malgré le beau paysage. Mon humeur était devenue rapidement exécrable alors on a sauté sur le premier restaurant du village (et un des seuls avec le recul). On était bien contents car on a pu payer en réals puis la serveuse nous a indiqué où était le terminal d'autobus. On a marché quelques rues plus loin jusqu'au "terminal", une maison/hostel/restaurant qui fournit aussi du transport jusqu'à Georgetown, la capitale du Guyana. Le genre de place qu'on n'aurait jamais pu trouver par nous-mêmes si on avait cherché un autobus vers Georgetown! Ah oui, et les trois Guyanes ne sont apparamment pas assez importantes alors elles n'ont pas de guide de voyage pertinent qui leur est consacré. On a donc photocopié cette section dans le guide Lonely Planet général d'Amérique du Sud mais le peu d'infos qu'on a n'est pratiquement plus à jour pour rien! On s'est donc renseignés à la dame de la maison pour savoir comment ça marche pour se rendre à Georgetown. Un bus partait à 17:30 pour être dans la capitale vers la mi-journée le lendemain et on a fini par comprendre qu'on allait dormir en hamacs au milieu du trajet pour la nuit. On a aussi posé des questions pour savoir ce qu'il y avait à faire dans les environs. Rien (d'abordable en tout cas). Sauf des ranchs à 100$ par personne... Bon... Comme la ville en tant que telle est plutôt-vraiment-beaucoup moche (François: peut-être pas si moche mais ça fait un peu ville du Far-West) et poussiéreuse, on n'avait pas envie de rester un autre 24h ici alors on a réservé nos places pour le soir-même. Et là, problème. Alors que tous (je dis bien TOUS) les commerces à Lethem acceptent les paiements en reals, la dame veut son paiement en dollars guyanais ou en dollars US, et nous fait un taux pourri si on paie en reals (genre qu'on aurait perdu 30$)... Elle a donc demandé à notre chauffeur du soir qu'il aille nous mener à la banque pour qu'on sorte des dollars guyanais. Malheureusement, les deux seuls guichets de la ville n'acceptaient pas les cartes étrangères et la banque ne faisait pas d'avance de crédit... Dépités, on est revenus vers l'agence en se demandant bien ce qu'on allait faire. On a donc passé une heure à faire tous les magasins de la ville dans le but d'acheter un petit quelque chose et qu'ils nous donnent le change en $ du Guyana. On a fini par comprendre que tous les magasins ou presque sont tenus par des Brésiliens et que personne n'utilise jamais de $ guyanais! Personne n'en avait dans sa caisse! On a tenté une dernière fois notre chance dans un magasin, où François a expliqué notre histoire à la caissière qui a finalement gentiment accepté de nous échanger quelques reals!! Comme ça on pourrait payer une partie avec nos derniers $US et l'autre avec des $ du Guyana!

Mais comme il ne nous resterait plus d'argent guyanais et qu'on ne pourrait donc pas manger d'ici à ce qu'on puisse sortir de l'argent, on est allés faire l'épicerie dans le "supermarché" du coin. "Supermarché": c'était plutôt un immense magasin qui vendait un nombre incalculable de gogosses, avec une petite section pour la bouffe... Pour une si petite ville, vous auriez du voir le nombre de magasins du genre! En effet, les Brésiliens vont faire leurs achats à Lethem puisque tout est moins cher. Malgré qu'il s'agissait du supermarché le plus moche qu'on ait jamais vu, il contenait des choses étonnantes qui ont fait notre bonheur, comme du beurre d'arachide à bon prix et du jus de légumes! On est revenus à l'agence par des petites rues du village. Elles étaient malgré tout mignones même si plutôt pauvres et très poussiéreuses. Et on aurait dit que les habitants nous regardaient en se demandant ce qu'on pouvait bien faire à Lethem... Après, on a attendu que l'autobus (plutôt une grosse minivan) parte. On est finalement partis avec une bonne heure de retard! On se dirigeait bizarrement vers la frontière avec le Brésil plutôt que de monter au nord... On avait vraiment peur que la dame n'ait pas compris où on voulait aller! L'avantage du Guyana (un des seuls?) est que tout le monde parle anglais vu qu c'est une ancienne colonie britannique. On nous a donc rassuré qu'on allait seulement s'enregistrer auprès de la police. En tout cas, l'officier qu'on avait vu aux douanes le matin-même n'était toujours pas plus sympathique... Au poste frontière, on a aussi croisé ce qu'on pense être un soldat... En tout cas, c'était un grand Noir qui portait vaguement un uniforme militaire et qui traînait nonchalamment autour du poste frontière le doigt sur la gachette de son immense fusil d'assaut... En fait, c'était bien plus le stéréotype du rebelle africain que du militaire de carrière!

Et c'est à partir de ce moment qu'a commencé le calvaire...! Le guide, qui met cette route dans les highlights du Guyana (ce qu'elle est, pour vrai), nous met en garde: "this road is not for the faint-hearted". Tellement vrai. La route de Lethem (complètement au sud du pays) à Georgetown (complètement au nord) est en fait une piste de terre rouge au milieu de la savaneet de la jungle. Composée à 90% de nids de poule, de flaques d'eau et de ponceaux rudimentaires en bois, c'était dans les pires routes qu'on avait vues... En plus, elle devient impraticable durant la saison des pluies... Au moins, on avait une belle vue sur la savane environnante! Là ça ressemblait plus à la savane africaine comme on l'imagine! Et question de faire encore plus "roi lion", des éclairs de chaleur zébraient le ciel partout au loin! On aurait bien aimé que le bus soit parti à l'heure pour qu'on ait pu profiter du spectacle plus longtemps avant la nuit. On a roulé péniblement un bon 4h, armés de nos bouchons d'oreille, un essentiel qu'on a porté tout le long du trajet pour ne pas devenir sourds avec la musique tonitruante que crachait le haut-parleur à côté de notre siège... En plus, on a eu droit aux 3 mêmes CDs tout le long, qui se vantaient d'être les "best mixes" mais croyez-moi, c'était loin d'être le cas haha! À part quelques renards qu'on a failli écraser, on a vu pratiquement personne sur la route. La savane s'est finalement transformée en jungle. On se croyait perdus au milieu de nulle part: une piste de terre à une voie, la jungle à perte de vue et aucune civilisation. Après un arrêt dans une genre de halte-routière, on est repartis jusqu'à notre arrêt pour la nuit. On a installé nos hamacs sous un toit en tôle et on tâché de reprendre des forces pour la suite du trajet le lendemain!

À 3:00 du matin, tout le monde s'est fait réveiller à coup de klaxon! L'heure (trop) matinale a eu du bon, François a pu entendre le son des singes hurleurs dont je lui parlais depuis si longtemps! Pour ceux qui ne savent pas, le cri des singes hurleurs (un de mes souvenirs forts de mon voyage au Guatemala) est assez particulier. C'est vraiment difficile à décrire: c'est un cri sourd, profond, lointain, un peu comme un rugissement de grand fauve... La première fois qu'on entend ça sans savoir ce que c'est, c'est plutôt épeurant même! On est remontés à contre-coeur dans le minivan, pour se lancer sur la route de marde... J'ai tenté de somnoler dans des positions invraisemblables mais chaque cratère me réveillait... Peu de temps après le départ on s'est arrêtés au poste d'entrée d'un immense parc national, pour s'enregistrer. Puis, tous les minivans vers Georgetown (qui sont presque les seuls véhicules à faire cette route) ont attendu que le traversier pour traverser la rivière devant arrive. C'était un endroit magnifique! Une grande rivière au milieu de la jungle, avec des petites îles verdoyantes et des rapides au loin! Vers 10:00, j'ai par contre commencé à être sérieusement écoeurée du trajet, d'autant plus que deux adolescentes habillées beaucoup trop sexy pour un voyage comme ça n'arrêtaient plus de nous prouver que le 3/4 de leur cerveau se trouvait en réalité dans leur décolleté plongeant... Elles gloussaient comme des dindes, riaient beaucoup trop fort pour rien, fumaient une cigarette aux arrêts avec un air de grandes stars désirables, chantaient faux sur la musique "remixée" du chauffeur et cruisaient tout ce qui avait de la testostérone (à tour de rôle: le chauffeur, François, un passager de 50 ans qui m'a fait songer à le dénoncer pour pédophilietellement il collait une des deux, et chaque nouveau passager qu'on prenait sur la route). J'accepte ouvertement ma bitchitude: c'était sérieusement pathétique leur affaire!

Ça en a peut-être pas l'air comme ça mais on est malgré tout contents d'avoir fait ce trajet vu que les paysages étaient très jolis. Ça nous a aussi permis de voir un peu l'arrière-pays du Guyana, chose qui est impossible avec un petit budget. En effet, le Guyana a beaucoup à offrir côté nature, mais rien de facilement accessible pour l'instant, tant côté logistique que budgétaire. Par exemple, il y a des chutes supposément aussi impressionnantes que celles d'Iguaçu, mais le seul moyen d'y aller est de s'y rendre en avion pour 300$ en tour organisé, rien d'inclus!

On est passés dans une série de petits villages pauvres dans la jungle (en s'arrêtant à de nombreux checkpoints pour qu'on vérifie les papiers de tout le monde, on sait pas trop pourquoi)puis on a enfin rejoint une route asphaltée et ensuite la banlieue de Georgetown (où on a déposé avec joie les deux prépubères).Puis, après 18h de trajet éreintant, on est entrés dans Georgetown même!

Les beautés (well, not really...) de la capitale pour la prochaine fois!


mercredi 13 novembre 2013

Manaus

Salut!! C'est François aux commandes pour notre premier (vrai) aperçu du Brésil!

Depuis Leticia, il faut 3 jours de bateau à descendre l'Amazone vers la mer pour atteindre la prochaine ville ayant une population significative, Manaus, au Brésil. Manaus est une poche incongrue d'urbanité en plein milieu de la jungle, connectée uniquement au reste du monde par le fleuve et une route peu fréquentée qui va au nord vers le Venezuela et le Guyana et au sud vers d'autres villes perdues dans la forêt et éventuellement la frontière bolivienne. Ce qui est surprenant, c'est la taille de la ville: elle abrite plus de 2 millions d'habitants! Imaginez Montréal isolée dans la jungle: c'est Manaus!

Manaus est une "boom-town", née en raison de la forte demande de caoutchouc durant les décennies 1890-1910. À l'époque, le développement de l'industrie de masse dans le monde (notamment de l'automobile) induit une forte demande pour le caoutchouc, qui n'est alors produit qu'avec la sève d'un arbre ne poussant qu'en Amazonie brésilienne. Manaus, une petite ville insignifiante de la jungle, voit alors sa population exploser alors que de nombreuses plantations de caoutchouc bourgeonnent dans les environs. C'est l'âge d'or de Manaus: la ville s'enrichit et de magnifiques bâtiments sont construits. Mais les choses s'assombrissent avec la concurrence éventuelle des Britanniques, qui réussirent à implanter dans leurs colonies des arbres à caoutchouc subtilisés au Brésil, et la production chute ensuite catastrophiquement au lendemain de la 2e guerre mondiale avec l'invention du caoutchouc synthétique. Aujourd'hui Manaus est donc une grosse ville qui, bien qu'ayant perdu sa splendeur passée, demeure pleine de vieux bâtiments historiques.

On vous avait laissés à notre arrivée à l'auberge de jeunesse peu après notre arrivée en bateau. Après avoir déjeuné plutôt longtemps, on s'est préparés pour sortir en ville. Le gars de la réception  de l'auberge de jeunesse, vraiment trop empressé de nous rendre service, nous a demandé après quelques questions comment ça se faisait qu'on parle si bien anglais si nous étions Français, parce que tous les Français qu'il avait croisé étaient nuls en anglais! Quand on lui a dit qu'on ne venait pas de France mais du Canada, il s'est alors exclamé: "Oh, mais ça explique tout!" Haha!

En sortant, on a marché un peu et on s'est vite retrouvé devant le landmark le plus emblématique de la ville: le théâtre de la ville, un magnifique édifice rose situé au milieu d'une jolie place. Construit en plein boom du caoutchouc, c'est le plus beau bâtiment de la ville! Puisqu'il est toujours opérationnel, on y a fait un tour pour voir si, par chance, il n'y aurait pas un spectacle ou de l'opéra le soir même. On a eu la surprise de se faire servir par une fille au français impeccable mais, malgré tout, il n'y avait pas de show le soir même.... Dommage! Après une petite visite à l'église de la place, on est revenus à nos vieux amours.... En effet,   comme toujours, l'une des premières étapes de la visite de la ville fut de visiter... la gare routière. On avait comme plan d'aller deux jours plus tard vers Boa Vista, une ville perdue du nord du Brésil mais un arrêt obligé pour ceux qui, comme nous, cherchent à se rendre au Guyana. On a donc pris l'autobus jusqu'à la minuscule gare excentrée de Manaus (il n'y a pas beaucoup d'endroits où on peut aller en bus d'ici...) C'est à ce moment qu'on a fait connaissance avec les pires chauffeurs de bus de ville qu'on ait eu en 3 mois: arrêts brusques, départs en trombe, passage des nids-de-poule et des dos d'âne à la vitesse grand V... Très agréable quand on se tient debout! On accorde un gros zéro à Manaus pour la sécurité de son transport public! En se rendant à la gare, on a aussi remarqué le nombre impressionnant de différentes églises "sectaires" au Brésil! Vous aviez déjà entendu parler de l'Eglise internationale de la gloire de Dieu? Ou de l'Eglise mondiale du Christ sauveur? En tout cas il y en avait plein, occupant parfois d'immenses édifices tous aussi laids les uns que les autres! À la gare, on a pu avoir nos billets vers Boa Vista en baragouinant quelques mots de portugais que le gars de l'hostel nous avait recopié sur une feuille, ce qui a bien fait rire les employées!

De retour en ville ensuite, on a cherché un endroit où manger dans la chaleur et ça nous a tout de suite frappé: au Brésil, c'est cher! Finalement, on a plutôt décidé de faire l'épicerie en vue qu'on se cuisine un souper le soir à l'auberge, et on a pris un morceau dans le supermarché. On est revenus à l'hostel déposer nos achats et on a fait connaissance avec le nouveau réceptionniste haïtien (qui parlait français aussi... décidément, il faudrait penser à inclure Manaus au sein de la Francophonie) qui répondait constamment "d'accord" (On part pour le zoo maintenant alors!" "D'accord." ; "Merci beaucoup pour les infos!" "D'accord.") Ensuite, on a tenté d'atteindre le zoo de Manaus. On a poireauté longtemps en attendant l'autobus avant de se rendre compte qu'on n'était pas à la bonne place... Finalement, on a fini par se rendre en se faisant aider par plein de Brésiliennes qui voulaient s'assurer qu'on descendait au bon arrêt!

Au zoo (plus une forêt avec quelques cages de temps en temps et beaucoup d'animaux en liberté), on a pu avoir un aperçu de quelques créatures très difficiles à observer dans l'Amazone: la loutre géante de rivière et surtout le lamantin d'eau douce, un genre de gros morse sans longues dents qui passe son temps à brouter des algues! On a aussi vu de très près un paresseux qui nichait tranquillement dans un arbre tout près... ça a l'air un peu nono vu de proche! Il y avait aussi des caïmans d'une taille pas mal plus impressionnante que ceux qu'on avait vu dans la jungle, un bassin plein de tortues et un aquarium contenant le fameux poisson électrique de l'Amazone, capable d'assener une décharge mortelle au baigneur malchanceux qui le frôle dans l'eau... Après la visite, on est revenus en ville, on a complété nos achats au supermarché puis on est revenus à l'hostel. On a mangé avec le couple d'Anglais qu'on avait rencontré sur le bateau vers Manaus: ça a été une super soirée ! C'est drôle : en voyage, on croise des tas de gens, certains avec qui on s'entend super bien tout de suite et avec qui on continuerait volontiers notre périple (comme les Anglais) alors qu'avec d'autres on a tout de suite envie de mettre fin à la conversation... Les 2 Anglais forment un couple bien international. Lui est militaire de formation (il a longtemps été dans la Marine britannique) et travaille aujourd'hui au Sri Lanka dans une compagnie de sécurité privée chargée de la protection des bateaux commerciaux contre la piraterie. Sa blonde travaille elle comme éducatrice niveau maternelle auprès des familles riches et des expatriés de Dubaï, aux Émirats arabes unis. Ils ont une expérience de vie vraiment riche et c'est vraiment intéressant de leur jaser!

Pour le clore la soirée en beauté, Mémé est descendue préparer des crêpes, au grand plaisir des Anglais! Pendant qu'elle cuisinait en bas et que je jasais aux Anglais à l'étage, Mémé s'est fait cruiser par un Français assez insignifiant, très amoureux de sa personne, et qui prenait  un plaisir évident à se pavaner torse nu à l'hostel afin d'offrir à tous le spectacle de ses gros muscles et de son corps bronzé... Vous allez dire que je suis jaloux (tsé, moi aussi j'ai des muscles, ils sont juste euh... timides ) mais, franchement, c'était vraiment le genre de personne un peu creuse, avec qui on fait rapidement le tour... Mémé, qui jouait le jeu au début, n'a vite plus été capable de ses frasques... Il a été un peu désappointé quand il a affirmé fièrement être parachutiste et que Mémé, qui n'avait pas compris qu'il était dans l'armée, lui a demandé : "oh, donc tu enseignes le parachutisme aux touristes?"! Haha! Il a invité Mémé à sortir danser avec lui et ses amis en précisant qu'elle ne pourrait pas résister à leur déhanchement sexy (c'était sans connaître mes talents -et ceux de Mémé!- en la matière) (Mémé: comprendre ici que je suis nulle, pas que j'ai un déhanchement sexy, tsé) et lui a proposé, semi-sérieusement, de prendre une douche ensemble (c'est apparemment devenu un peu débandant quand Mémé a répondu : "Ensemble? Avec François aussi?" Haha!). En plus, le Français m'avait déplu dès le départ, en riant d'emblée de notre accent et faisant des commentaires vaguement homophobes (genre :"ce soir, on sort danser, mais pas dans une boîte gay, tsé y'a beaucoup de gays à Manaus" Euh... Ok... Je me fous complètement de ton orientation sexuelle, des endroits où tu aimes sortir et de la taille de la communauté homosexuelle de Manaus, pourquoi tu tiens à me préciser tout ça ? Pourquoi tu tiens à me dire que t'es pas gay et que tu ne fraies pas avec les gays de Manaus, quand ça fait à peine 5 minutes qu'on se connait? En tout cas...) Bref, c'était la caricature du soldat un peu tawouin qui veut paraitre plus mâle que mâle et, au final, c'était un gars qui faisait plutôt pitié... On a terminé notre long souper avec les Anglais, on leur a dit au revoir étant donné qu'ils partaient pour la jungle tôt le lendemain et on est partis se coucher, en piquant une jasette avant de dormir à un Brésilien qui partageait notre dortoir et qui s'était mis en tête de nous apprendre quelques bases en portugais!

Le lendemain, on s'est levés en jasant avec le grand Noir de Los Angeles qui partageait aussi notre dortoir et qui aimait beaucoup parler, et on a déjeuné (déjeuner inclus à l'auberge, on ne se souvenait plus de la dernière fois où c'était arrivé). On avait décidé de visiter plus en profondeur Manaus aujourd'hui, et on a donc d'abord déambulé dans un parc désert (on était dimanche, tsé). On a ensuite marché sur le riverfront vaguement glauque de Manaus avant d'aboutir au marché aux fruits. Ensuite, on a visité le magnifique vieux bâtiment du marché central, tout de rouge et jaune! En sortant, on a jasé un bout en espagnol avec un immigrant péruvien qui rangeait ses affaires après sa matinée au marché. Grosso modo, la conversation pourrait se résumer à: "Vous faites un beau voyage!" "Faites attention à votre sac, la ville est pleine de voleurs!" et "Tous les politiciens du monde sont des pourris, au Brésil, au Pérou, au Canada, même chose!" (3 réflexions somme toute vraies)!

Après une visite à la cathédrale entourée de quelques beaux bâtiments, on s'est dirigés vers la place du théâtre où subsistaient quelques rares stands à bouffe ouvrant leurs portes avec cran en ce dimanche mort! On a mangé un pâté au poisson avec un bon morceau de gâteau, puis on a visité plus en détail la jolie place. En chemin, on a rencontré une Néerlandaise qui logeait au même hostel que nous et qui représente l'exemple type du genre de personne avec qui tu as hâte que la conversation finisse au plus tôt parce que la personne qui te la tient te tombe sur les nerfs... Voyez plutôt:

Néerlandaise: Vous allez visiter les Guyanes après Manaus? C'est les seuls pays que j'ai pas visité en Amérique du Sud. Parce que c'est vraiment cher là-bas.
François + Mémé : Ben, selon le Lonely Planet et ce qu'on a lu, c'est à peu près les mêmes prix que le Brésil provincial, sauf pour la Guyane française qui est effectivement plus chère. Et au Surinam, c'est relativement peu dispendieux...
Néerlandaise: Non, c'est vraiment cher. Y'a qu'une route et tout est cher.
François + Mémé : Euh... Ben on va voir sur place, mais on serait très surpris que les prix soient nettement plus hauts qu'à Manaus d'après ce qu'on a lu, sauf pour la Guyane française...
Néerlandaise: Non, c'est vraiment cher. Point.
François + Mémé : (ok, tu gosses! Ça fait 5 minutes qu'on te parle et on est déjà tannés! Quelle excuse on invente pour sacrer notre camp??)

Hey la grande, ni toi ni nous n'avons été aux Guyanes encore, alors tu n'as pas plus la vérité que nous! On peut se tromper mais on s'est quand même bien renseignés, alors si tu veux nous obstiner dis-nous au moins sur quoi tu te bases, désolé mais on peut pas juste te croire sur parole! Et puis, tu viens de passer 2 mois au Brésil, le pays le plus cher d'Amérique du sud, alors qu'on va juste passer 3 semaines dans les Guyanes, c'est quoi ton problème? Est-ce qu'on te dit catégoriquement que c'est cher le Brésil, alors qu'on ne connait que Manaus comme ville? Ben fais la même chose quand tu nous jases des Guyanes! Parce que c'est pénible, sérieux... (Mémé: cette entrée de blog vous donne un bon exemple de ce que François pense des gens qu'il n'aime pas haha! Pour une fois que c'est pas moi qui chiale ;) )

Après cette agréable conversation, on est allés prendre une crème glacée dans un joli parc de la ville. Dans le fond, Manaus est une ville un peu bizarre... Certains coins sont magnifiques avec leurs vieux bâtiments, mais il semble qu'entre les édifices anciens les permis de construire aient été donné n'importe comment... Résultat, des joyaux architecturaux côtoient des horreurs en béton un peu partout... Personnellement, je trouvais tout de même que ça conférait à la ville un certain charme, mais Mémé n'a pas aimé en raison, justement, de cette alternance beau-laid... Ensuite, on est revenus à l'auberge où, outre le parachutiste français avachi dans le divan et éternellement en chest, on a rencontré un gentil backpacker allemand qui faisait un tour d'Amérique du Sud en 5 semaines! Il faut vouloir prendre l'avion et accepter de ne pas tout voir mettons, parce qu'en 5 mois on doit retrancher pas mal de stock (notamment la Patagonie argentine et chilienne, le Sud du Chili et de l'Argentine, le Venezuela, le Paraguay, le Chaco bolivien et le Pantanal brésilien, le Nord-Est du Brésil, l'intérieur du Brésil (Brasilia, Belo Horizonte, Ouro Preto), l'Amazonie équatoriale-péruvienne-bolivienne...) En fait, on estime qu'il nous aurait fallu, à notre rythme, près de 8 mois (et beaucoup plus de moyens) pour faire toute l'Amérique du Sud, ce qui nous aurait permis de voir tout le Brésil, la Patagonie et le sud du Chili! On reviendra!

On a ramassé nos affaires, Mémé a dit adieu à l'immense chatte enceinte de l'hostel (ses dimensions la rapprochait un peu de Gustave, c'est vous dire à quel point elle était grosse! Salut à Dom et Claude si vous nous lisez et merci encore de garder notre matou bien dodu!) et on est partis en bus vers la gare. Après avoir été bien secoués, on est montés dans le bus où on a pu profiter d'un air climatisé providentiel (mmmmh!...) . Avant de partir, notre tripulante (voir l'entrée de blog sur Lima si vous ne vous souvenez plus ce qu'est un tripulante) nous a souhaité la bienvenue et nous a expliqué qu'on avait des verres d'eau à disposition (wow, une première), puis il a grondé tout le monde d'un air mi-sérieux en disant qu'il ne voulait pas voir un seul verre de plastique trainer dans l'allée! Enfin, c'est ce qu'on a compris, nous et le portugais tsé...On est enfin partis vers Boa Vista, notre premier long trajet d'autobus depuis la Colombie (encore plus cher par contre, c'est le Brésil, quand même)!

Prochaine station: Boa Vista et le sud du Guyana! Restez des nôtres et à la prochaine!